Un pan de l'œuvre plus volumineux que les Maigret

PIERRE MAURY

lundi 16 avril 2012, 10:26

L'intégrale des « romans durs » de Georges Simenon

Un pan de l'œuvre plus volumineux que les Maigret

« Finissons-en avec Maigret, écrivait Simenon à son éditeur Je pense pouvoir écrire maintenant un vrai roman » © Archives Diogenes Verlag

L'œuvre de Georges Simenon se vend en intégrales ou à la découpe. Les Éditions Omnibus l'ont bien compris, qui ont d'abord proposé un Tout Simenon en 27 volumes, puis un Tout Maigret en 10, avant des ouvrages thématiques moins volumineux. Romans des femmes, Les essentiels de Maigret, Romans américains ou Romans du monde, pour ne pas abandonner le terrain aux nombreuses rééditions en poche et pour préparer un autre gros morceau : Les romans durs, dont les six premiers tomes viennent de paraître en deux vagues. Ils représentent, de 1931 à 1947, la moitié de la collection complète.

En 1931, la série des enquêtes du commissaire Maigret est lancée en grandes pompes par les Éditions Fayard. Simenon, qui a 28 ans et a déjà beaucoup écrit sous de multiples pseudonymes, a testé le personnage dans quelques livres mineurs.

La première année, il publie onze enquêtes de Maigret. Un rythme affolant. Cela ne lui suffit pas : il rêve de vraie littérature, hors du genre policier. Et il sent prêt, comme il l'explique à son éditeur dans une conversation reproduite en quatrième de couverture du premier volume des Romans durs : « - C'est fini, j'arrête… – Vous êtes fou ! Vous allez vous casser le nez en essayant d'écrire autre chose que du roman policier ! – Finissons-en avec Maigret. Je n'ai plus besoin de fil conducteur… Je pense pouvoir écrire maintenant un vrai roman… »

Ce sera, la même année, Le Relais d'Alsace, pour ouvrir un autre pan de sa production, finalement plus volumineux que les Maigret. Ceux-ci, dans la même présentation, occupent dix forts volumes. Il en faudra donc douze pour aller du Relais d'Alsace aux Innocents (publié en 1972). Entre-temps, Simenon est entré symboliquement dans la « grande » littérature, en signant chez Gallimard en 1934.

André Gide l'encense, Gaston Gallimard dit de lui qu'il est « le seul vrai romancier d'aujourd'hui. » Aujourd'hui, il est dans la Pléiade.

À la recherche de l'homme nu

Bien des romans durs – l'étiquette est de Simenon lui-même, pour les différencier des Maigret – sont bâtis sur une trame policière. Mais pas tous. Et, de toute manière, le romancier cherche moins à y résoudre une énigme qu'à y chercher ce qu'il appelle l'homme nu : « J'ai toujours été curieux de l'homme et de la différence entre l'homme habillé et l'homme nu. L'homme tel qu'il est lui-même, et l'homme tel qu'il se montre en public, et même tel qu'il se regarde dans la glace. Tous mes romans, toute ma vie n'ont été qu'une recherche de l'homme nu. » Ce copieux ensemble prouve qu'il y est souvent arrivé.