Dalida juste avant sa mort

THIERRY COLJON

vendredi 27 avril 2012, 11:51

David Lelait-Helo imagine une conversation la veille de la mort, il y a 25 ans, de la chanteuse.

Dalida juste avant sa mort

Dalida Photo : Le Soir/François Cornil

C'est un roman. Un peu comme l'avait fait Foenkinos avec John Lennon se confiant à son psy imaginaire.

Repères

Roman C'était en mai, un samedi ✶✶ D. LELAIT-HELO Anne Carrière 186 p., 17,50 euros

Ici, David Lelait-Helo invente une conversation qui n'a pas eu lieu. Dalida est chez elle, dans sa maison de Montmartre. C'était en mai, un samedi, comme le précise le titre du livre. Dalida est seule et désespérée. Avant d'en finir avec la vie, elle tape au hasard un numéro de téléphone et tombe sur Sophie qui, vivant seule loin de son mari qu'elle vient de quitter, a le temps d'écouter celle qui se présente comme Iolanda. « Allô, je m'appelle Iolanda, je vais mourir. » Ainsi commence une passionnante discussion durant laquelle Iolanda remonte le temps d'une vie. « Une vie à avoir été une autre que moi-même, se torture-t-elle. J'ai réussi dans la vie, mais j'ai raté ma vie… », écrit Lelait-Helo.

L'écrivain et journaliste français, auteur de bios d'Eva Peron, Maria Callas, Romy Schneider, Edith Piaf, Vanessa Paradis, Barbara et… Dalida (en 2004 et qui ressort aujourd'hui en poche), est fasciné par les chanteuses et les destins de femmes exceptionnelles : « Je ne voulais pas refaire une biographie, nous a-t-il avoué. Je l'ai donc intégrée dans un roman, en imaginant cette relation entre deux femmes qui ont en commun la solitude et un chagrin d'amour. Sauf que l'une marche vers la vie, est en construction, et l'autre vers la mort, en totale destruction. »

À la fin de sa vie, Iolanda ne supportait plus Dalida, devenue une ombre pesante : « Sa dépression s'explique bien sûr par ses échecs amoureux – trois de ses amants se suicideront, il y a de quoi culpabiliser –, mais aussi par le fait qu'en tant que chanteuse, elle n'intéressait plus que les humoristes qui, comme Le Luron, pouvaient être très durs avec elle, même s'ils l'aimaient. L'échec du film de Chahine, Le sixième jour, qui aurait pu être le tremplin vers une nouvelle carrière de tragédienne ou un peu à la Line Renaud, n'a pas aidé non plus. Il y avait un projet de comédie musicale où elle devait jouer le rôle de Cléopâtre, mais sa dépression était trop profonde. »

Au-delà des traditionnelles commémorations touchant tous les cinq ans les grands disparus, Dalida est toujours très vivante dans le cœur de nombreux fans, et notamment dans la communauté gay que la chanteuse défendait de son vivant : « On dit que les hommes aiment les femmes et que les homos les adorent. En particulier les “surfemmes”, celles qui ont cette surabondance de féminité, comme Dalida avec ses longs cheveux et ses fourreaux. Les gays aiment les créatures spectaculaires et, cœurs de midinette, aiment les destins tragiques. »

La vie de Dalida est une tragédie qui pourrait devenir un opéra. Un biopic est en préparation pour 2013 ou 14 et le livre de David Lelait-Helo se prêterait aisément à une adaptation au théâtre.