Magnan était le chantre du polar provençal
JEAN-FRANCOIS LAUWENS
jeudi 03 mai 2012, 11:32
La Provence vient de perdre en Pierre Magnan un fidèle de Jean Giono qui avait fait couler le sang sur les lavandes. Son oeuvre avait eu du mal à trouver son public, perdu devant les qualités littéraires de ces romans policiers ancrés dans le terroir.
Pierre Magnan était un vieux monsieur charmant, modeste et affable Il racontait la Provence avec amour © dr
Giono révérait Stendhal et la « Série noire ». Pierre Magnan révérait Giono. Il a réussi à mêler les deux univers, celui de la grande littérature et celui du roman policier. Magnan a en quelque sorte inventé le « roman policier littéraire ». Cela aura fait son succès en Folio au cours des trois dernières décennies. Mais aura aussi été très longtemps la source de son insuccès. A l'heure de recaler un des premiers romans du Manosquin, le Niçois Louis Nucera, alors directeur littéraire chez Seghers, résumera d'ailleurs son refus en une formule : « Trop littéraire pour être policier et trop policier pour être littéraire. »
Pierre Magnan est décédé samedi à l'âge de 89 ans dans l'Isère où il avait pris le maquis dans sa jeunesse et s'était retiré depuis quelques mois après avoir vécu toute sa vie dans ses chères Alpes-de-Haute-Provence ou plus exactement les Basses-Alpes comme on appelait le département avant que l'appellation ne heurte la fierté locale.
Auteur autodidacte, ouvrier typographe puis employé dans une entreprise de transports frigorifiques, Pierre Magnan avait vu son très beau premier roman, L'aube insolite, publié dès 1946. Puis, plus rien pendant trois décennies. Enfant de Manosque, il connaissait Giono depuis son adolescence. Jeune homme, il mettra le cap sur le Contadour et les fameuses Rencontres organisées par le grand homme sur la montagne de Lure. Magnan ne verra jamais diminuer son amour pour l'auteur du Hussard sur le toit. Il a tiré de ces rencontres une superbe évocation, Pour saluer Giono.
Mais c'est dans le registre policier que Magnan va connaître la consécration avec, en 1984, le succès colossal de son roman La maison assassinée, porté au cinéma par Georges Lautner avec Patrick Bruel dans le rôle de Séraphin Monge de retour au pays en quête d'un passé dont il ignore tout.
Laviolette prend du galon
Entre-temps, Magnan a créé un héros récurrent, l'inspecteur Laviolette, auquel il fait vivre, aux quatre coins du département, de nombreuses enquêtes plus jubilatoirement sanglantes que l'affaire Dominici : Le sang des Atrides (prix du Quai des Orfèvres 1978), Le tombeau d'Hélios, Le secret des andrones, Le commissaire dans la truffière, Les charbonniers de la mort
En 2008, par jeu, il ressuscite pour un roman baptisé Élégie pour Laviolette le commissaire (incarné par Victor Lanoux à la télé) dont il s'était débarrassé quelques années plus tôt.
A l'écriture et au suspense, Magnan ajoutait un ingrédient indispensable pour aimer son uvre et pas uniquement comme une lecture de vacances : sans jamais tomber dans l'image lavande pour cartes postales, il dépeint en se mettant à leur diapason l'âpreté et la beauté de ce coin de Provence à l'est du Lubéron. De Sisteron à Digne, de Manosque à Forcalquier, de Banon à Simiane, tous les paysages semblent avoir été créés pour la plume du plus fidèle disciple de l'homme du Contadour.