Asaf Hanuka valse avec les rêves
DANIEL COUVREUR
vendredi 25 mai 2012, 14:26
Entretien « K.O. à Tel Aviv » est la folle autobiographie d'un artiste surdoué du crayon où l'émotion familiale résonne de la dangerosité du monde.
Asaf Hanuka a étudié lillustration à Lyon et signé les séquences de rêve animées de « Valse avec Bachir » © Steinkis
A Tel Aviv comme à Bruxelles ou à Paris, l'immobilier flambe. Le boom des loyers est incompatible avec la vie d'artiste. Asaf doit déménager avec sa femme et son fils. Son esprit se met à vagabonder dans l'espace et déprime. La vie n'est jamais comme on l'a rêvée, alors il la dessine. Chaque page de son premier roman graphique, K.O. à Tel Aviv, moissonne les trouvailles graphiques. Sa femme et son fils sont les héros de ce carnaval bariolé où s'invitent Superman, Batman, Toby, Mickey et les angoisses de l'avenir dans un pays en guerre.
Repères
Bande dessinée K. O. à Tel Aviv ✶✶✶ ASAF HANUKA traduit de l'anglais (Israël) par Fanny Soubiran Steinkis 100 p., 14,95 euros Dans cet album, les idées s'expriment directement à travers le dessin. Les bulles ne servent qu'aux dialogues. Où avez-vous appris à dessiner comme ça ?
Dans la presse, où il faut pouvoir faire passer une idée très vite avec une lisibilité immédiate ! J'ai amené l'esthétique et les outils du dessin de presse dans la bande dessinée européenne. Quand vous devez illustrer un article sur la crise boursière ou sur les pensions, c'est un entraînement magnifique à la métaphore et au surréalisme. Ce roman graphique est la traduction de ma vie à Tel Aviv en images métaphoriques pleines d'émotions.
C'est un livre autobiographique mais c'est aussi l'histoire d'Israël au quotidien. Vos angoisses personnelles rejoignent celles de la société israélienne
Je ne fais pas de commentaires politiques, mais je suis une sorte d'Israélien moyen type. Je sais que le pays ne va pas bien. Qu'on croise régulièrement des soldats. Que mon fils le sera un jour. Qu'une bombe peut exploser ici demain. Ma vie paraît normale mais tout autour, le monde est incroyablement compliqué.
Sur la couverture, votre jeune fils vous met K.O. : c'est lui le vrai héros de la famille ?
C'est grâce à lui que je me suis lancé dans ce livre. Je dois lui expliquer le pays où il vit et la vie elle-même. Du coup, il s'agit d'abord de me comprendre et par là, de comprendre le monde. Les pages sont prépubliées dans un journal économique israélien. Chaque semaine, je me déchiffre en public. Pour que ça marche, il ne faut pas se mettre de limites.
Comment ont réagi votre femme et votre fils en voyant leur intimité exposée dans la presse ?
Pour ma femme, je lui raconte à l'avance ce que je vais dessiner. Elle sait que c'est important pour moi et me laisse faire. Quand on a presque divorcé et qu'elle voulait quitter la maison, nos parents, nos amis, l'ont appris dans le journal. Ce n'est pas grave. Nous sommes des gens simples.
Votre fils est content d'être un héros de bande dessinée ?
Maintenant il veut absolument être chaque semaine dans le journal, où le feuilleton de notre vie continue. C'est une aventure familiale et il grandit avec.