Inquiétudes au prix Bernard Versele

LUCIE CAUWE

lundi 04 juin 2012, 12:03

Alors que l'année scolaire tire à sa fin, le plus grand et le plus jeune jury littéraire du monde ne connaît pas l'issue de ses travaux. Les résultats du prix Bernard Versele 2012, le 33e, clôturé fin avril, n'ont pas encore été communiqués.

Qu'en pensent les dizaines de milliers de lecteurs entre 3 et 12 ans qui y ont pris part avec enthousiasme, sachant qu'ils sont encore plus nombreux à lire qu'à voter (47.000 bulletins en 2011) ? Qu'en pensent les bénévoles qui œuvrent à ce que TOUS les enfants soient en contact avec une littérature de qualité ?

C'est en 1979 que l'ancêtre de la Ligue des familles crée ce prix annuel unique, en hommage à un psychologue soucieux des enfants, décédé accidentellement à 33 ans. Depuis, le jeune public se voit proposer une sélection de titres, six hier, cinq aujourd'hui, dans cinq tranches d'âge. Mais chacun est libre de lire dans la catégorie qu'il veut, ce qui a permis de jolies scènes de découverte tardive de la lecture : un « grand » de 12 ans, rebelle aux livres, apprenant par exemple tout d'un coup les lettres pour lire tout haut des livres aux petits en maternelle.

Le prix Bernard Versele, bibliothèque idéale, a toujours été un étendard de la Ligue des familles. Il valorise la lecture comme action culturelle et, par ses votes, comme apprentissage de la démocratie.

Au fil des ans, et les soucis financiers de la Ligue sont une explication, il a perdu de sa visibilité. La fête pour la remise des prix, où des enfants mettent en scène les livres primés, a été supprimée, la dotation des lauréats également. Pire, l'onglet qui permet de repérer le prix Versele sur le site de la Ligue dès la page d'accueil a disparu ; pour le trouver, il faut aller à la rubrique Garantichouette. Pas simple quand on l'ignore et dommageable pour les votes en ligne.

Depuis le début de l'année, plus de deux cents bénévoles s'inquiètent d'éventuels changements dans l'organisation de leur prix chéri. Ils ont envoyé en avril une motion collective de désarroi aux membres du conseil d'administration de la Ligue des familles, qui a été suivie de rendez-vous. Samedi, ces passeurs de livres ont distribué des tracts appelant les membres de l'assemblée générale à encore réfléchir.

Car ils ont peur que la compétence et l'enthousiasme des petites fourmis au service du prix soient oubliés. Ils redoutent surtout le changement de fonctionnement envisagé un moment dans la présélection des titres : il ne serait plus fait appel à une équipe indépendante mais proposé aux éditeurs de fournir une centaine d'exemplaires de titres qu'ils choisissent, sous réserve d'acceptation. En gros, ils craignent qu'une transformation aussi radicale du prix lui fasse perdre son âme. Et s'ils se manifestent, c'est parce que ces fous d'albums et de romans savent qu'une lecture de qualité passe par l'école, la bibliothèque et la famille.