La Sabina Kane de Jaye Wells, une vampire-mage décapante

JEAN-CLAUDE VANTROYEN

vendredi 08 juin 2012, 14:14

Entretien C'est comme une liste de courses : « Ne pas oublier : 1. de sauver ma sœur ; 2. d'assassiner grand-mère ; 3. de ne pas agacer la déesse vaudou. » Ce petit mot épinglé dans la tête de Sabina Kane résume bien la série de bit-lit (littérature de morsure, urban fantasy en anglais) imaginée par l'Américaine Jaye Wells : décapante, déjantée, enlevée et terriblement amusante

La Sabina Kane de Jaye Wells, une vampire-mage décapante

: DR

. Ce Démon de la vengeance est le troisième volume des aventures de Sabina, après Métisse et Rouge sang Noir magie. Il y en aura cinq, pas plus. Les deux derniers seront publiés chez Orbit.

Repères

Bit-lit Le démon de la vengeance Une aventure de Sabina Kane ✶✶ JAYE WELLS traduit de l'américain par Michelle Charrier Orbit 368 p., 15,50 euros

Sabina Kane est une jeune femme, jolie évidemment, sensuelle, rousse de cheveux et bien galbée. Elle est métisse, mi-vampire mi-mage. Elle est en pétard avec le monde entier ou presque. Et d'abord avec elle-même, parce qu'elle ne parvient pas à s'accepter, à trouver l'équilibre entre ses deux origines. Elle est râleuse, colérique, emportée. Mais aussi courageuse, audacieuse, téméraire. Heureusement, elle a des potes. Et d'abord Giguhl, son démon familier, plus de deux mètres et vert de peau mais qui peut se changer, en chat par exemple, c'est plus facile pour évoluer dans le monde, et Adam le mage, qui l'aime et qu'elle aime aussi mais sans vouloir se l'avouer.

Là, elle fulmine contre sa grand-mère, Lavinia, la domina des vampires, qui a enlevé sa sœur jumelle, Maisie. D'où le pense-bête. Et la bataille que Sabina va mener, avec Giguhl, Adam et d'autres, comme Zen la prêtresse vaudou, Mac la loup-garou, Georgia la vampire amoureuse de Mac, Erron le rocker vampire et Brooks l'incroyable fey qui se travestit et se fait appeler la Belle Bayadère. Péripéties, bagarres, sensualité, humour…

En choisissant d'écrire de la bit-lit, vous n'avez pas eu peur de la concurrence des Laurel K. Hamilton, Kelley Armstrong, Patricia Briggs, MaryJanice Davidson ?

Bien sûr, j'avais peur. Et mon agent m'a dit tout de suite : attention, il y a trop d'histoires de vampires sur le marché. Mais j'avais cette histoire dans ma tête qui attendait de sortir et j'avais besoin de l'écrire. Je me suis dit que la seule façon d'être remarquée, c'est de travailler sur l'univers et de décaler le personnage et l'histoire pour sonner différemment.

Comment avez-vous imaginé votre Sabina Kane ? Possède-t-elle une part de vous ?

Oui, je suis à moitié vampire, ah, ah ! J'étais en train de conduire sur une route, j'ai eu soudain une voix dans ma tête qui me disait : creuser des tombes à mains nues, c'est la mort de la manucure. Cette voix m'a étonnée, qui pouvait parler de la mort avec tant de légèreté. Je me suis dit que j'allais écrire à partir de ça et plus j'écrivais, plus je m'amusais. J'adore les antihéros, des hommes habituellement, j'avais envie de camper un antihéros femme.

Sabina est-elle vraiment un antihéros ? On y est très attaché.

Elle est un antihéros au départ, mais plus on la regarde évoluer, plus on s'attache à elle. C'est le truc. Au début, Sabina est désabusée, mal dans sa peau, puis elle évolue, elle change, elle s'ouvre à d'autres perspectives. C'était excitant de la construire au fur et à mesure.

Cette mi-vampire mi-mage s'humanise…

Un auteur écrit toujours sur la condition humaine, qu'il s'agisse de vampires, de créatures ou de monstres.

Sabina est métisse. Vous le vouliez ?

Je l'ai d'abord imaginée vampire. Mais je voulais aussi une histoire de magie. Et je me suis dit que ce serait intéressant qu'elle dispose des pouvoirs de l'un et de l'autre, surtout dans un monde où vampires et mages se haïssent. Comment cette dualité allait-elle la forger, comment allait-elle évoluer ?

Ça vous permettait de parler de tolérance ?

Oui, mais je n'ai pas décidé d'écrire sur la tolérance. Au fil de l'histoire, je me suis rendu compte qu'à travers ce personnage, on pouvait parler de tolérance. Ce n'était pas délibéré. Mon travail d'écrivain consiste à construire des personnages complexes et à explorer les relations entre eux.

Mac et Georgia sont lesbiennes, Brooks est drag-queen. Vous n'avez pas eu de problème aux Etats-Unis avec ces personnages ?

Pas du tout. Peut-être parce que l'histoire se passe à La Nouvelle-Orléans. Sans doute surtout parce que mon monde est irréel.

Et assassiner sa grand-mère, ça n'a pas créé de réactions ?

Pas cette grand-mère-là !