Préparez vos chaussures…

LUCIE CAUWE

vendredi 08 juin 2012, 14:14

Le Marathon des mots, c'est ce week-end, à Bruxelles (et le spectacle d'ArthurH ce soir). Des lectures, des rencontres, des signatures. Des romans, des inédits, du slam, des performances Pour se mettre des livres plein les jambes et plein les oreilles.

Préparez vos chaussures…

: DR

Quatre séances d'une heure interrompues par des pauses de trente minutes, c'est le défi que va relever Marie-Christine Barrault avec les Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar, qui fut membre de l'Académie de Belgique dès 1970. « J'aime toujours les choses un peu extravagantes, alors ce projet n'est pas pour me déplaire, nous dit la comédienne, ravie que le Marathon des mots le lui propose. Je ne sais pas si j'aurais osé le demander. J'ai découvert ce livre à 25 ans, il m'a éblouie comme toute ma génération. Il est d'une telle limpidité, si savant sous sa simplicité. Quatre heures de lecture vont me permettre d'en donner une bonne idée. » Y aura-t-il des marathoniens dans le public, en ce lieu magique ?

Plus d'informations : www.lemarathondesmots.be Lecture de trois livres encore inédits en librairie

« Congo » David Van Reybrouck

traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin, lu par Ben Hamidou, dimanche 11 h, Passa Porta

« Nkasi était assis au bord de son lit. La tête baissée. De ses vieux doigts il essayait de finir de boutonner sa chemise. Il venait de se réveiller. Je m'approchai et le saluai. Ses lunettes étaient retenues par un élastique qui faisait le tour de sa tête. Derrière les verres épais et couverts de rayures, je distinguai des petits yeux humides. Il lâcha sa chemise et prit ma main entre les siennes (…) »

« Citoyen Park » Charly Delwart, lu par Yannick Renier, dimanche, 14 h, La Bellone

« Il déplace l'air quand il avance vers la tribune, plus d'air pourtant que ne déplace un corps d'une hauteur d'un mètre soixante-quatre. Surélevé en bas par des chaussures compensées, surélevé en haut par une coiffure Pompadour qui en tout font gagner une vingtaine de centimètres. C'est donc un grand homme qui s'avance, le regard derrière ses lunettes carrées. Du moins le croit-il car personne n'est dupe, même si tout le monde est obligé de faire semblant de l'être. Et cela il n'en est pas dupe non plus mais ce n'est pas la réalité qui compte (…) »

« Ziyan » Hakan Günday traduit du turc par Pierre Bastin , lu par Simon Wauters, dimanche, 15 h 30, Arthis

« Il ne regarda pas plus longtemps et ferma les yeux à la vie. La seule preuve qu'il était vivant était la fumée s'écoulant de ses narines. Une fumée de froid. Une respiration blanche, que le froid rendait visible. Il s'était couvert. Avec son “kalpak” et son manteau, fermant les paupières. Morceau de rocher sur la neige tombée la nuit. Pour pouvoir entrer dans la fourrure étendue sous lui, il avait relevé les genoux sur son ventre, s'était replié. Son aide de camp Muzaffer était fatigué et avait froid. Tenant dans sa main un appareil photographique Ica Reflex, par le viseur, il regardait Etem qui retenait sa respiration. Pourtant, les yeux du photographe étaient fixés sur l'homme sur le sol, transformé en tache d'un noir profond par la blancheur effaçant l'horizon. (…) »