Les livres vendus au kilo en Israël

SERGE DUMONT

vendredi 15 juin 2012, 10:21

Profitant de la semaine du livre hébraïque, une sorte de foire du livre à ciel ouvert qui se déroule dans les principales villes de l'Etat hébreu, plus de 270 auteurs israéliens ont déclenché un mouvement de révolte inédit contre leurs éditeurs et contre leurs distributeurs qu'ils accusent de « mercantilisme outrancier ».

TEL-AVIV

DE NOTRE CORRESPONDANT

Notamment emmenés par Amos Oz, David Grossman, A-B Yehoshua, Meïr Shalev et Orly Kastel-Bloom, les écrivains dénoncent le « mépris » dont ils se sentent l'objet ainsi que le niveau particulièrement bas des droits d'auteur.

Principalement visés, Steimatzky et de Tzomet, les deux géants de la distribution alliés aux trois groupes éditoriaux contrôlant 60 % du marché. « Ces distributeurs disposent de leurs propres réseaux de librairies. Ils multiplient les offres du genre « quatre livres au choix pour cent Shekels (20 euros)«, explique A-B Yehoshua. A leurs yeux, un manuel de cuisine orientale a la même valeur qu'une œuvre littéraire ou qu'un conte philosophique. Ils vendent des livres au kilo ».

« Les auteurs débutants ou peu connus connaissent une humiliation permanente, enchaîne Sammy Michaël. La plupart d'entre eux ne gagnent d'ailleurs rien sur un livre. Ils doivent se contenter d'être édités en remerciant humblement ceux qui daignent leur signer un contrat entre deux portes ». Pourtant, le marché du livre est florissant dans l'Etat hébreu où environ dix millions d'ouvrages – majoritairement des traductions et des ouvrages techniques –- sont écoulés chaque année. Quand aux cinq à sept mille titres produits par des auteurs locaux, ils sont vendus à deux mille exemplaires en moyenne.

Une pétition pour un retrait immédiat

La révolte des écrivains couvait depuis plusieurs années mais personne ne s'attendait à ce qu'elle éclate aujourd'hui. Ni à ce qu'elle prenne une tournure aussi déterminée. En effet, pour l'ouverture de la Semaine du livre, les signataires de la pétition ont exigé le retrait de leurs livres des étals et ont annulé les nombreuses séances de signature. Quant aux plus motivés, ils ont menacé de brûler symboliquement quelques livres sur la place de Jérusalem.

Dans la foulée, Sifria hadacha (La nouvelle bibliothèque), un petit éditeur indépendant comptant David Grossman parmi ses auteurs, a annoncé qu'il ne signerait plus aucun contrat et qu'il ne publierait plus rien tant que le gouvernement ne prendrait pas des mesures « visant à sauver le secteur ».

Surprise, Limor Livnat (Likoud), la ministre de la Culture et des Sports qui n'avait jamais manifesté beaucoup d'intérêt pour ce secteur depuis son entrée en fonction en 2009, a réagi dans l'urgence. En dépoussiérant un projet de loi élaboré par son prédécesseur qui interdit de vendre un livre sous son prix catalogue pendant une période de 18 mois après sa publication. En outre, cette version israélienne de la « loi Lang » instaure un barème minimal des droits d'auteur auquel les éditeurs ne pourront déroger. Sauf surprise, elle sera adoptée par la Knesset d'ici à la fin de l'année.