La petite entreprise Françoise Sagan & Cie

LUCIE CAUWE

vendredi 22 juin 2012, 14:23

Pour la première fois, Denis Westhoff, le fils unique de l'auteur de « Bonjour tristesse », prend la plume. Il raconte sa mère, avec pudeur et émotion, avant et après sa naissance.

La petite entreprise Françoise Sagan & Cie

Denis Westhoff a dédié son livre à ses enfants, William et Joyce : « Elle ressemble beaucoup à sa grand-mère » © H Bamberger

Assez curieusement, les livres de Françoise Sagan (une trentaine de romans et une dizaine de pièces de théâtre) sont davantage disponibles aujourd'hui que lors de son décès, le 24 septembre 2004. C'est son fils unique, Denis Westhoff, 50 ans dans quelques jours, qu'il faut remercier. « Les rééditions ont été entamées pour régler les problèmes de justice, nous dit-il, de passage à Bruxelles, pour débloquer les situations éditoriale, fiscale et financière. Il n'y avait que les livres qui pouvaient renflouer les comptes. »

Repères

Biographie Sagan et fils ✶✶ DENISWESTHOFF Stock 253 p., 19 euros biographie Sagan, un chagrin immobile ✶ PASCAL LOUVRIER Hugo & Cie 223 p., 17,95 euros

Le trou était grand : un million d'euros de dette fiscale ! Et les bouquins édités par Julliard pour la plupart épuisés… « J'ai fait d'une pierre deux coups, sourit-il aujourd'hui que le plan a réussi, faire redécouvrir une romancière et renflouer le passif. »

Aujourd'hui que les titres sont à nouveau disponibles, il signe une biographie tendre et pudique, Sagan et fils. « Un titre qui évoque la continuité, comme une petite entreprise. » Ce livre, son premier, Denis Westhoff ne pensait pas l'écrire au moment où il a contacté Jean-Marc Roberts, le patron de Stock, pour les rééditions, « mais diverses personnes m'ont ensuite incité à l'écrire, disant que j'avais eu une mère extraordinaire ». Le contrat signé, il a bien dû commencer : « J'ai signé un contrat pour un livre de 300 pages alors qu'à l'école j'écrivais des textes de trois ou quatre pages au plus. Je suis bon pour le sprint, pas pour le marathon… »

Sagan et fils est une belle évocation, chronologique, de la romancière, de la femme et de la mère. « Après une mise en route difficile, je me suis enfermé dans une maison à la campagne avec mon chien et j'ai écrit. J'ai laissé couler ma mémoire. Mes souvenirs sont venus de façon naturelle. Comme quand on saute dans une piscine, on hésite avant et puis, quand on y est, on est très à l'aise. » Denis Westhoff n'exerce plus son métier de photographe. « Depuis 2005, avec la succession de ma mère, j'ai dû frapper à beaucoup de portes, cela a été un travail de longue haleine. »

Par ailleurs sort aussi Sagan, un chagrin immobile, de Pascal Louvrier, biographie plus formelle, cherchant sans cesse à établir des parallèles entre les livres et la vie de la romancière. Cela paraît parfois simpliste, parfois un peu forcé mais il avance des noms que Denis Westhoff ne cite pas. Celui de François-Marie Banier par exemple. « Celui-là, je me le réserve pour le prochain volume, répond le jeune auteur. Aujourd'hui, je suis arrivé au but mais il y a encore des choses que je n'ai pas racontées. Il y a aussi des tas de choses que ma mère ne m'a pas dites et c'est normal. La vie privée, la liberté, c'est essentiel. »

Si Louvrier estime Toxique l'œuvre clé de Sagan, Westhoff opte pour Des bleus à l'âme : « Il ne faut pas essayer de tout expliquer. Pour moi, il y a beaucoup de hasards dans sa vie. »

Sagan et fils reprend la vision d'un fils et des témoignages, comme un grand puzzle. « Je me suis documenté sur certaines époques de sa vie avant moi. » La « corrida » et ce médicament nouveau en 1957, qui l'a rendue dépendante aux opiacés : « Son accident l'a rendue dépendante de la drogue, cela a été le grand tournant de sa vie. Ma mère aimait l'alcool mais elle militait contre la drogue. Si des jeunes la découvrent grâce à mon livre, tant mieux, mais je ne l'ai pas fait pour cela. Je l'ai fait pour moi, pour mes enfants, pour ses amis. »