Les enfants de l'apocalypse

DANIEL COUVREUR

vendredi 22 juin 2012, 14:23

La série « Seuls » cartonne et réussit la mission impossible de plaire à tous les publics en faisant peur aux enfants comme aux adultes avec des images de fin du monde.

Les enfants de l'apocalypse

: DR

Dans la série Seuls, les enfants ont perdu toute naïveté face à la mort, à la violence, à la dictature de l'esprit. Le scénario extrêmement sombre renvoie à la fragilité de la vie et de l'amitié. Le dessin joyeux de Gazzotti, typique des gros nez de l'Ecole belge, est noirci par la sauvagerie primitive du récit de Vehlmann.

Repères

Bande dessinée Seuls, les Terres Basses ✶✶✶ GAZZOTTI VEHLMANN Dupuis 56 p., 10,60 euros

Dans ce septième volume, les enfants héros entrent dans la zone rouge : celle de l'angoisse apocalyptique. Impossible de faire demi-tour. Des créatures terrifiantes vont surgir de toutes parts. « Je sais vers où je veux aller, rassure Fabien Vehlmann. Maintenant que les lecteurs ont compris depuis le tome 5 que tous ces enfants étaient déjà morts, on peut parler de choses qui nous ébranlent, de la peur du lendemain, de la fin du monde. Seuls n'est pas un essai philosophique mais donne des coups de cymbales pour nous faire réfléchir à l'état de la civilisation, au futur du vivre ensemble. »

Haches, mitraillettes, cocktails Molotov… il faut apprendre à se battre à balles réelles dans le monde de Seuls. Pourtant la série veut s'adresser à tous les publics, sans code parental. « Certains parents l'achètent pour eux sans oser la montrer à leurs enfants. L'éditeur Dupuis voulait la positionner ado-adulte. Sans aucun cynisme, je pense que les gamins doivent savoir que la mort existe. Dans les années 1950, William Golding avait déjà écrit Sa Majesté des mouches… »

Le roman de Golding figure au programme de nombreuses écoles et met en scène des enfants victimes d'une catastrophe, qui basculent dans le sacrifice humain et la guerre tribale.

« Ce chef-d'œuvre de la littérature est là pour nous rappeler que la cruauté existe au fond de chacun de nous. C'est une question existentielle fondamentale. Elle nourrit la démarche de Seuls. Personnellement, je suis convaincu que chaque enfant est aussi merveilleux et pourri que n'importe quel être humain. L'enfant est en quête d'identité. Il peut être rapidement borderline, surtout dans le temps présent de l'enfant-roi. Nous vivons une époque où l'enfant est à la fois pris au sérieux et soumis à la tentation de la toute-puissance. Ce sont les conséquences de cette toute-puissance et l'exploration de ses limites qui m'intéressent dans Seuls. Je pense que c'est la raison pour laquelle cette série est vraiment dans l'air du temps. »

Un récit épique en 20 tomes

Fabien Vehlmann ne veut mettre aucune limite à l'imaginaire de la série. « Dans les circonstances politiques, économiques et climatiques actuelles, on a raison d'avoir peur du lendemain. Seuls parle de ce qui pourrait venir après. Dans ma tête, si le public continue de nous suivre, la saga comptera une vingtaine de volumes. On aurait pu s'arrêter après la révélation de la mort des enfants, au cinquième tome. Mais l'engouement était tel que les portes étaient large ouvertes pour aller plus loin. Seuls est en train de devenir un phénomène transgénérationnel. C'est rare dans la bande dessinée aujourd'hui. Il y a de plus en plus de lecteurs adultes, alors que le dessin semble, a priori, plus destiné aux enfants. Je crois qu'on retrouve avec cette série le plaisir du long récit épique. »

Les clans rivaux formés depuis le début de la série vont devoir se serrer les coudes dès ce septième épisode, s'ils veulent survivre aux dangers que Fabien Vehlmann a l'intention de dresser sur leur longue route.