Flammarion sera bien à nouveau français

LUCIE CAUWE

vendredi 29 juin 2012, 10:09

Cela a été le feuilleton de l'hiver et du printemps. Sera-ce celui de l'été ? La saga du rachat des éditions Flammarion, nées en 1875, par la fraîche centenaire Gallimard n'en finit pas de rebondir.

Pas qu'il y ait de grosses surprises à propos de cette bonne nouvelle cette dernière semaine. Ce sont plutôt des ajustements qui sont communiqués de jour en jour, donnant l'impression que le feuilleton continue.

En résumé, Flammarion et ses satellites (Casterman, Pygmalion, Arthaud, etc.), passés sous le drapeau italien du groupe Rizzoli en octobre 2000, reviennent douze ans après sous une bannière française, celle de Gallimard. La maison devient par cet achat le troisième groupe de l'Hexagone, derrière Hachette et Editis. L'accord est conclu, annoncent les deux parties. Reste à peaufiner les contrats, ce qui nécessite, on l'imagine, l'attention et le temps d'une armada d'avocats et autres juristes.

Le montant annoncé de la vente n'est pas tout à fait aussi faramineux que celui escompté lors du début des tractations, entre 200 et 250 millions d'euros alors, mais ce n'est pas rien non plus si l'on se fie au dernier communiqué de l'acheteur : « Le prix d'acquisition s'élèverait à environ 185 millions d'euros sur la base de la valeur des fonds propres après déduction de la dette nette ajustée de Flammarion et des intérêts minoritaires ».

Même si on peut s'amuser du fait que notre Martine nationale donnera désormais le bras au Petit Nicolas de Goscinny et Sempé, même si on peut sourire à l'idée que Teresa Cremisi, la patronne de Flammarion débauchée en 2010 à Antoine Gallimard dont elle était le bras droit, rentre en quelque sorte au bercail, il n'en sera pas ainsi dans la réalité. Chaque maison d'édition gardera sa griffe propre, ses auteurs, sa liberté de choix, dans une entente cordiale. Qu'en sera-t-il des deux canaux de distribution, chaque éditeur ayant le sien, désormais accolés ? Rien n'a encore filtré à ce sujet.

Une idée déjà ancienne

On ne sait pas plus quand exactement Antoine Gallimard a approché le groupe italien RCS Media Group pour lui offrir de racheter Flammarion. Certains parlent de juin 2011, soit il y a un an déjà, pour la somme de 260 millions d'euros. « No », auraient dit les Transalpins.

Dès décembre, des rumeurs de vente reviennent régulièrement dans la presse italienne. Et après le nouvel an. Le 19 janvier, les directions de Flammarion et Gallimard opposent un démenti formel ! On connaît la suite : l'annonce officielle de la vente, la valse des prétendants qui sont montés jusqu'à sept (presque toute l'édition française s'est portée candidate et quelques étrangers) avant de se retirer, la danse des chiffres qui a suivi cet engouement éphémère… Une montée qui a été suivie de la descente : Gallimard devenait le candidat unique, le montant attendu par RCS diminuait, Gallimard était choisi. Aujourd'hui, on n'attend plus que l'approbation des autorités de la concurrence. Jusqu'à quand ?