Le Nouveau Roman prend un coup de jeune

JEAN-MARIE WYNANTS

mercredi 11 juillet 2012, 10:40

P>Avignon

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

Bonsoir, je m'appelle Julien Honoré. Je suis le frère de Christophe. » Souriant, complice, le jeune comédien s'adresse directement au public expliquant que son frère, metteur en scène du spectacle Nouveau Roman, souhaitait une introduction à celui-ci. Mais comme il se débine quand il s'agit de monter sur scène, il a confié la chose à son frangin. D'emblée le ton du spectacle est donné : loin de l'image d'aridité et de complexité du Nouveau Roman.

C'est pourtant bien cette vague littéraire française que le spectacle entend évoquer. Mais à la manière enjouée, joyeuse, surprenante de Christophe Honoré. Pas question d'un biopic reconstruisant fidèlement la saga de Robbe-Grillet, Butor, Lindon, Duras et consort. Prenant pour point de départ une célèbre photo du petit groupe rassemblé sous l'étiquette du Nouveau Roman, Christophe Honoré donne vie à cette image non sans la trahir dès le départ : il y a ajouté Marguerite Duras et même Françoise Sagan qui n'y figurent pas. Et il en extrait Beckett qui n'apparaîtra que dans le discours des autres.

Surtout, il ne cherche nullement la ressemblance avec les modèles originaux. Jérôme Lindon et Michel Butor sont (formidablement) interprétés par deux femmes, Annie Mercier et Brigitte Catillon. Anaïs Demoustier campe une Marguerite Duras tout en fraîcheur. Ludivine Sagnier est une Nathalie Sarraute d'une rare élégance.

Tables rondes, micros, écrans, tribune : le décor fait d'abord craindre une reconstitution de colloque universitaire mais Christophe Honoré n'a pas son pareil pour faire vivre tout cela de manière pétillante et surprenante. On entend la parole des uns et des autres, extraite de leurs ouvrages mais aussi d'interviews, de colloques. Honoré les mélange, les réajuste pour donner vie à un formidable puzzle où se bousculent les idées révolutionnaires, les ego démesurés, les jalousies, les camaraderies… On rit beaucoup aux réunions animées par un Robbe-Grillet qui contrôle tout mais on est tétanisé par le récit de guerre livré par Claude Simon (formidable Sébastien Pouderoux). Trois heures trente de nouveau roman sans jamais s'ennuyer. Pari gagné.

Jusqu'au 17 juillet, Cour du Lycée Saint-Joseph, www.festival-avignon.com