Les stars passent du cinéma à la télé

AGNES GORISSEN

vendredi 23 mars 2012, 10:23

Aux Etats-Unis, de plus en plus de grosses pointures du cinéma se tournent vers les séries. Kathy Bates, héroïne de « Harry's Law », la nouvelle série de David E. Kelley (« Ally Mc- Beal »), n'est qu'un exemple. Les Français, eux, commencent à peine à franchir le pas.

Les stars passent du cinéma à la télé

Malcolm, Jenna, Harriett (dite Harry) et Adam : voilà la petite équipe de « Harry’s Law », la nouvelle série juridico-loufoque de David E Kelley, avec Kathy Bates dans le rôle principal © RTBF

Harriet Korn est une avocate de génie. La meilleure concernant les affaires de propriété industrielle, de brevets. Mais après 32 ans dans ce job, elle s'emmerde et ne fiche plus rien. Verdict : virée ! Elle est à peine sortie du bureau que lui tombe dessus un type littéralement tombé du ciel : Malcolm voulait se suicider mais il a raté son coup en… rebondissant sur une marquise. Alors qu'elle quitte l'hôpital, elle repère une boutique à louer où elle pourrait installer un bureau juridique mais… elle se fait renverser par la voiture d'Adam, un avocat plutôt original. Mais elle s'en tire à nouveau sans bobo !

Un signe. Harriet, surnommée Harry vu son caractère de bouledogue, ouvre un cabinet avec Jenna, son assistante, et les deux hommes que le destin lui a envoyés, Malcolm et Adam. Tout ça dans la boutique repérée plus tôt, dont le propriétaire, expulsé, a laissé derrière lui tout un stock de chaussures, que Jenna va écouler entre deux clients. Clients qui ne vont pas manquer : le cabinet se trouve dans un quartier pauvre de Cincinnati.

Vu le pitch, l'univers judiciaire, le mélange de drame et de loufoquerie, Harry's Law, cela n'étonnera personne, est une création de David E. Kelley, à qui l'on doit quelques séries cultes : Ally McBeal, The Practice, Boston Justice… Elle marque également l'arrivée dans une série (en tant que personnage principal) de Kathy Bates, oscarisée pour Misery et gratifiée d'un tas d'autres récompenses, dont un Golden Globe pour Beignets de tomates vertes. Oui, encore une grande personnalité du cinéma qui se tourne vers le petit écran. Et on ne parle pas là de simples apparitions en guest stars, façon Robert De Niro ou Matt Damon dans 30 Rock ou encore Gwyneth Paltrow dans Glee, mais de vrais rôles récurrents, souvent même principaux.

Mais qu'est-ce qu'ils ont tous ? Certains analystes avancent que ce sont des stars sur le retour, ou en perte de vitesse, qui ne se voient donc plus proposer de grands rôles au grand écran – ce serait encore plus vrai pour les femmes, pour lesquelles la barre fatidique des 35-40 ans serait synonyme de mise au rebut. Si tel était le cas, ça témoignerait d'une chose : la capacité de la télé à coller à la vraie vie, bien mieux que ne le fait le 7e art.

Mais l'explication est plus simple que ça. Pour reprendre le cas de Kathy Bates, on l'a encore vue dans Les noces rebelles de Sam Mendes en 2009 (avec Kate Winslet et Leonardo DiCaprio), Le jour où la Terre s'arrêta la même année (avec Keanu Reeves), ou Personal Effects en 2010 (avec Michelle Pfeiffer et Ashton Kutcher). À 63 ans, avec sa notoriété et les propositions qu'on lui fait, elle n'a pas besoin de la télévision pour survivre. Mais elle a eu envie de faire Harry's Law : « Jusque-là, je n'avais pas lu beaucoup de scripts pour des pilotes de séries, parce que j'étais surtout intéressée par les films. Et puis, lors d'un passage à New York, j'ai reçu celui-là. Je l'ai lu d'une traite et j'ai tout de suite voulu être de la partie. D'abord parce que ça venait de David E. Kelley et que j'ai beaucoup de respect pour ce qu'il fait. Surtout, c'était un super-personnage, désillusionné sur son boulot, ses choix de vie… »

Glenn Close, que nous avions rencontrée pour la saison 2 de Damages, ne disait pas autre chose. « Je me suis toujours réservé le droit de travailler seulement quand le matériel de base est bon. Parce que je suis plus âgée, certains pensent que je fais ça parce qu'on ne me propose plus rien d'autre. Mais c'est faux : je le fais parce que c'est de qualité et que c'est un défi. La créativité est aujourd'hui le fait de la télévision, spécialement sur les chaînes câblées ou à péage. Les auteurs ont le contrôle total sur leur projet, ce qui n'est pas le cas au cinéma. C'est pourquoi beaucoup de nos meilleurs auteurs se tournent aujourd'hui vers la télévision. »

Acteurs, auteurs, mais aussi grands réalisateurs : après Spielberg, initiateur de The Pacific ou Terra Nova, après Frank Darabont, créateur de The Walking Dead, après Michael Mann, producteur et réalisateur de Luck, c'est David Cronenberg qui est en train de développer Kniferman, sa première série. Il y a décidément quelque chose de magique au royaume de la télé.

Harry's Law , la Une, 20 h 50.