« L'Eurovision est apolitique »

JEAN-FRANCOIS LAUWENS

vendredi 06 avril 2012, 10:26

Entretien Après le retrait de l'Arménie, la tenue de l'Eurovision en Azerbaïdjan pose question aux défenseurs des droits de l'homme. Philippot répond en tant qu'organisateur.

« L'Eurovision est apolitique »

La jeune Iris, 17 ans, représentera la Belgique (VRT) à Bakou avec « Would You » © belga

Le boycott par l'Arménie, des interpellations parlementaires, des critiques virulentes sur le thème de la violation des droits de l'homme par Bakou (Le Soir du 3 avril)… Une chose est sûre : l'organisation du Concours Eurovision du 22 au 26 mai dans la capitale de l'Azerbaïdjan est mal perçue alors qu'elle n'est que le résultat de la victoire de ce pays l'an dernier à Düsseldorf. Administrateur général de la RTBF, Jean-Paul Philippot est aussi le président de l'UER (Union européenne de radiotélévision) qui organise l'événement. Il s'explique.

L'UER fait-elle une erreur en allant en Azerbaïdjan ?

Il faut remettre les choses à leur place : l'Eurovision est juste un événement télévisuel, qui réalise une des meilleures audiences mondiales. Il véhicule un certain nombre de valeurs, à commencer par la diversité culturelle de l'Europe au travers du divertissement et de la fraternité entre les artistes. Mais aussi, il est totalement apolitique et c'est une chose sur laquelle on ne transigera pas. Dans le passé, ce concours a permis de mettre sur la même scène des gens qui, Israéliens et Arabes, Chypriotes et Turcs, Serbes et Croates, vivaient des oppositions tragiques mais les oubliaient le temps d'une soirée de divertissement qui met de côté les antagonismes politiques ou religieux.

Que répondez-vous à ceux qui estiment que l'Eurovision va être utilisée par un régime ennemi des droits de l'homme afin de renforcer son pouvoir ?

La publicité d'un pays à l'Eurovision se limite à la citation du pays, comme lors d'un match de football en Coupe d'Europe. Il n'y a pas de discours politique. De plus, l'UER, comme association des télés publiques, a dans ses préoccupations prioritaires la liberté d'expression. Nous n'avons pas attendu le concours Eurovision. Il y a deux ans, nous avons organisé un 'workshop' sur ce thème à Bakou avec des journalistes et des blogueurs indépendants et j'ai remis moi-même une déclaration sur la liberté de presse au président de l'Azerbaïdjan. Le 2 mai, à Genève, nous réunirons à nouveau tous les acteurs de la société civile de ce pays, des ONG, sur ce thème. Comme télés publiques, profitons de cet événement pour informer nos téléspectateurs sur la situation dans ce pays mais ne prenons pas un événement en otage au risque de le dénaturer.

L'Eurovision constitue une trêve mais pas pour l'Arménie qui a affirmé qu'elle serait traitée en « ennemie » à Bakou…

J'en prends acte mais cet argument est fallacieux. Comme partout, l'UER a exigé – et obtenu le plus officiellement qui soit – des garanties strictes d'accès et de protection de tous les candidats présents.