Les séries ont de l'esprit

AGNES GORISSEN

jeudi 26 avril 2012, 11:32

Hyperthymésie : trouble qui empêche la mémoire d'effacer le moindre détail vu ou vécu. C'est ce dont est atteinte Carrie Wells, l'héroïne de « Unforgettable ». Une de ces particularités de l'esprit exploitées par la télé.

Les séries ont de l'esprit

Carrie Wells (Poppy Montgomery) met sa mémoire sans faille au service de l’équipe de flics dirigée par Al Burns (Dylan Walsh) pour résoudre diverses enquêtes © CBS

L'esprit humain fascine. Surtout ses méandres, son potentiel encore largement inconnu ou inexploité. Plusieurs séries télé ont déjà exploré des « talents » particuliers de ce type, généralement associés à des fictions policières – parce qu'évidemment, avec leur don, ces héros sont tout désignés pour donner un coup de main aux flics.

Télépathe,mentaliste,médium…

« The Mentalist » Le plus célèbre des spécialistes de l'esprit est sans doute Patrick Jane, alias The Mentalist. Dans une autre vie, il a tenté de se faire passer pour un médium – ce qui a précipité la mort de sa femme et de sa fille. Il est en réalité doté d'un sens de l'observation et de la persuasion qui fait merveille face aux criminels retors.

« Lie to me » Le Dr Cal Lightman est spécialiste des micro-expressions du corps, essentiellement du visage. Il les a longuement étudiées avant d'en faire une typologie – le personnage est inspiré de Paul Ekman, pionnier de la discipline. Grâce à cette science, l'homme vous démasque un menteur en une fraction de seconde

« Medium » Qu'on croie ou pas aux médiums, le personnage d'Allison Dubois est lui aussi inspiré d'une personne réelle, qui a plus d'une fois été consultée par la police américaine. Dans la série, elle met ses visions au service du procureur pour résoudre certaines affaires, retrouver des personnes disparues, voire empêcher des crimes.

« The Listener » Jamais diffusée chez nous (mais elle existe en DVD), cette série canadienne met en scène Toby Logan, un ambulancier qui peut lire dans les pensées des gens. Il a longtemps refusé ce don (et se garde bien de le faire connaître aux autres), mais il finit par réaliser que la télépathie peut lui permettre de sauver de nombreuses vies.

Voici que s'ajoute à la galerie existante (lire ci-dessous) Carrie Wells. Le titre de la série dont elle est l'héroïne donne un indice sur sa particularité : Unforgettable. En l'occurrence, ce n'est pas elle qui est inoubliable (même si elle marque les esprits), mais sa vie : Carrie est atteinte d'hyperthymésie, un trouble qui empêche sa mémoire d'effacer le moindre détail vu ou vécu. Donnez-lui une date au hasard, même quinze ans plus tôt, elle vous dira quel jour de la semaine c'était, à quelle heure le soleil s'est levé, ce qu'elle portait, ce qu'elle a mangé, qui elle a rencontré…

Ça a l'air cool, comme ça. À porter au quotidien, ça l'est nettement moins. Surtout que, frustration cruelle, la seule chose dont Carrie n'arrive pas à se souvenir, c'est la journée où a été assassinée sa sœur Rachel, alors qu'elles étaient toutes deux des gamines. C'est lorsque l'enquête a été définitivement fermée, sans résultat, bien des années plus tard, que Carrie a quitté la police et sa ville de Syracuse. Tant qu'à avoir oublié, autant ne pas faire un boulot et arpenter une ville qui ne peut que raviver le traumatisme.

Depuis, elle vit à New York et gagne effectivement sa vie d'une tout autre façon : elle écume les cercles de jeux et utilise son don pour repérer les cartes au black-jack. En journée, elle travaille aussi bénévolement dans la maison de retraite où est placée sa mère, atteinte de la maladie d'Alzheimer – joli jeu de miroir inversé, où l'une oublie tout et l'autre rien. Elle aurait sans doute continué comme ça sans un meurtre dans son immeuble. Qui la met en contact avec une équipe de flics. Dirigée par le lieutenant Al Burns, l'ancien coéquipier et petit ami de Carrie à Syracuse. La rencontre est houleuse, mais la collaboration sur l'assassinat fructueuse. Mieux : retravailler sur une enquête criminelle semble avoir pour effet de ramener doucement à la surface certains souvenirs sur le meurtre de Rachel.

Farfelu ? Le trouble d'hyperthymésie existe bel et bien, il a été identifié en tant que tel il y a six ans – cinq ou six cas ont été recensés aux Etats-Unis, dont Marilu Henner, consultante sur la série.

Il est traité dans Unforgettable de façon intelligente, pas comme si Carrie disposait d'une baguette magique ou comme si son cerveau était une sorte d'ordinateur envoyant une réponse instantanée ; elle réfléchit, se remet en situation, se revoit elle-même dans les scènes vécues comme si elle y assistait de l'extérieur.

Visuellement plaisante, bien charpentée (il y a juste ce qu'il faut de flash-back sur l'enfance), rythmée sans excès, la série offre en plus l'occasion de retrouver deux acteurs bien connus : Poppy Montgomery, la Samantha Spade de FBI, portés disparus, est Carrie Wells, tandis que le rôle d'Al Burns est endossé par Dylan Walsh, le Dr Sean McNamara de Nip/Tuck.

Une saison 1 de 22 épisodes est en boîte – la diffusion est presque terminée aux Etats-Unis. Y aura-t-il une saison 2 ? Après des débuts plutôt prometteurs et une moyenne de 11 millions de téléspectateurs sur CBS, la série baisse dangereusement dans les audiences…

Unforgettable , la Une, 20 h 20.