Main basse sur le foot
JEAN-FRANCOIS LAUWENS
mercredi 02 mai 2012, 12:17
La RTBF diffuse un documentaire-choc de Hervé Martin Delpierre : il montre comment le sport est en proie à la corruption par le biais des sites de paris en ligne asiatiques. Le but n'est pas de gagner un match mais de gagner et blanchir des sommes folles.
Avec un téléphone portable, on peut, depuis lAsie, influer sans trop de difficultés sur un résultat de football © rtbf
La scène se passe dans la tribune de l'Olympic de Charleroi. Un ex-grand club des années 60 qui, comme beaucoup d'autres en Wallonie, s'est écroulé. Aujourd'hui, il ne joue même plus ses rencontres de D3. Quand l'auteur du documentaire Sport, mafia et corruption s'est rendu à la Neuville il y a près de 2 ans, on jouait encore au football et, dans la tribune, on voyait des choses étonnantes : deux Chinois pendus à leur téléphone. Ils communiquaient avec Hong Kong ou Macao. C'est le début de l'affaire Yé, le début de la découverte d'un iceberg dont la majeure partie est totalement immergée pour les amateurs de foot.
L'Asie est friande de football européen. De Manchester United pour la beauté du sport. Mais les triades, les mafias locales, préfèrent plutôt les petites divisions européennes. C'est là qu'elles peuvent, l'affaire Yé l'a montré en Belgique, faire un maximum d'argent grâce à des paris polluants.
Auparavant, dit Hervé Martin Delpierre, le réalisateur du documentaire-événement Sport, mafia et corruption, « on pariait juste sur le résultat d'un match. Aujourd'hui que l'on peut parier en cours de rencontre via les sites internet, tout est objet à paris : le nombre de corners, une carte rouge pour tel joueur, ce qui rend les choses moins visibles mais les soupçons de corruption beaucoup plus grands ». Et c'est alors que l'on constate des mises 750 fois supérieures à la normale pour un match de D3 belge ! Un exemple précis : 1 million d'euros a été misé sur un seul site de paris pour un match de 5e division anglaise.
On ne s'étonnera pas qu'en 90 minutes, la finale de la Ligue des Champions 2011 ait généré 1 milliard d'euros de paris en ligne. Car le haut niveau n'est pas à l'abri. « Des matchs concernant deux des plus grands clubs européens en Ligue des Champions sont dans le collimateur des enquêteurs », dit le réalisateur.
« Le sport est en danger »
La corruption est consubstantielle au sport depuis l'Antiquité. Mais avec l'explosion des paris en ligne, elle a changé de nature. Son objet n'est plus de remporter une victoire pour enrichir un palmarès mais d'enrichir des réseaux mafieux et criminels, parfois au détriment de sportifs littéralement pris en otage par des organisations criminelles.C'est bien pourquoi les grandes institutions sportives, CIO, Fifa, UEFA, viennent de tirer la sonnette d'alarme en vue des grandes compétitions sportives de l'été, l'Euro 2012 et les Jeux olympiques. « Le sport est en danger », a dit Jacques Rogge, le président du Comité international olympique. Les Nations unies estiment à 100 milliards de dollars les montants annuellement concernés pour du blanchiment d'argent. C'est évidemment bel et bien de cela qu'il s'agit.
Car l'intérêt de ce film est de nous montrer, si besoin en était, la problématique des paris en ligne qui, à terme, menacent de « catchiser » l'ensemble des pratiques sportives de la planète.
Un an et demi durant, Hervé Martin Delpierre a sillonné le monde pour nous proposer cette enquête qui n'est plus un reportage sur le sport mais une enquête criminelle. Notamment en Belgique auprès d'Eric Bisschop, le magistrat en charge de la cellule anti-fraude de la Police fédérale.
On ne s'étonnera pas, et ce film montre des images étonnantes, que les ramifications de cette enquête remontent jusqu'aux mafias d'Extrême-Orient.
Sport, mafia et corruption , la Une, 20h20.