Bienvenue sur la Pan Am

AGNES GORISSEN

lundi 07 mai 2012, 11:15

Embarquement immédiat pour les années 60. Entre glamour et Guerre froide, « Pan Am » brosse le portrait d'une décennie qui fascine. Elle n'est pas la première série à s'y frotter.

Bienvenue sur la Pan Am

Élégance pour les hôtesses de « Pan Am » Et un début de liberté pour les femmes © Be TV

Ah, les années 60 ! Nostalgie pour les uns, monde méconnu et presque surréaliste pour les plus jeunes. Mais il y a toujours une forme de fascination pour une époque synonyme d'âge d'or, juste entre la Deuxième Guerre mondiale et le premier choc pétrolier. Une époque où tous les excès étaient possibles, tous les espoirs permis, notamment pour les femmes, soudain admises à avoir une vie propre, choisie, la maîtrise de leur devenir.

Le passé inspire la télé, pour le meilleur... ou le pire

« Mad Men »

C'est la pionnière dans le genre. Créée par Matthew Weiner en 2007, la série se déroule dans l'agence de pub Sterling Cooper (elle changera de nom en cours de route) sur Madison Avenue, à New York. Elle est centrée sur le personnage de Don Draper, dans sa vie professionnelle comme dans sa vie privée. Très stylisée, prenant le temps d'explorer ses personnages, la série est très vite devenue une référence, par le portrait qu'elle dresse de l'évolution de la société et des mœurs dans les années 60. Au point que Mad Men connaît une notoriété qui dépasse de loin ses audiences sur la petite chaîne câblée AMC : elle a inspiré la mode et le design. Rien d'étonnant à ce que ce succès ait donné à d'autres l'envie de surfer sur la vague sixties. Jamais avec la même réussite.

« Swingtown » Cette série lancée en 2008 par CBS est sans doute celle qui se rapproche le plus de l'esprit de Mad Men (sans en avoir la qualité visuelle), mais cette fois pour les années 70. Au départ de l'histoire d'un couple qui s'installe dans la banlieue chic de Chicago et de deux autres couples de voisins, on explore cette décennie marquée par la libération sexuelle et les conventions sociales en train de changer. Les personnages, sans cesse renvoyés aux conséquences de leurs choix et de leurs expériences, sont bien exploités. Mais Swingtown n'a pas réalisé de grosses audiences. Et il y a eu des pressions d'associations familiales (la série aborde notamment les couples libres et l'échangisme), qui ont fait fuir certains annonceurs. CBS a donc décidé d'annuler la série après la saison 1, sans véritable fin.

« The Playboy Club »

Lancée sur NBC à la rentrée 2011, la série ne cache même pas son objectif : reprendre à peu près point par point les éléments de la recette qui ont fait le succès de Mad Men. Sauf que la sauce ne prend pas. Le personnage censé correspondre à Don Draper est creux et son interprète, Eddie Cibrian, n'a pas le talent de Jon Hamm (qui incarne Draper). Et le scénario est d'une minceur effrayante : il n'y a guère de contenu dans la vie de ce Playboy Club, rendez-vous nocturne de Chicago dans les années 60, où viennent travailler, en costumes de bunnies (des lapins très légèrement vêtus), de très jolies jeunes femmes. Le public ne s'y est pas trompé : les audiences catastrophiques ont précipité l'arrêt de la série après cinq épisodes seulement. On peut parler d'accident industriel.

Après d'autres séries, c'est sur tout ça que surfe Pan Am. Les moins de 30, voire 35 ans, ne connaissent sans doute pas, mais Pan Am a été pendant des décennies (jusqu'à la cessation d'activités en décembre 1991) un fleuron de l'aviation américaine et mondiale, et l'image même du glamour. La série lancée par ABC est centrée sur un équipage. Quatre hôtesses de l'air : Maggie, la chef de cabine, Colette, la Française, et les deux sœurs Cameron, Kate et Laura. Et les pilotes, Dean et son adjoint Ted. Tous incarnent la jeunesse flamboyante et la réussite des Etats-Unis. Tous se promènent autour du monde, logent dans des palaces, s'éclatent dans une vie de privilégiés, boivent, fument et font des galipettes dès qu'ils en ont envie.

Certains critiques ont reproché à la série d'être sortie de cet aspect glamour et hédoniste. Non pas en raison des nombreux flash-back sur le passé pas toujours lisse des protagonistes – c'est indispensable pour leur donner de l'épaisseur. Mais à cause de la dimension espionnage qui s'y insinue dès le premier épisode – Kate, l'une des hôtesses, est recrutée par les services secrets américains. L'idée en soi n'est pas mauvaise : les années 60, c'est aussi la Guerre froide, et quand commence la série, en 1963, le fiasco de la Baie des Cochons est encore tout frais. Mais à slalomer ainsi entre les genres, la série peine parfois à trouver son identité.

Résultat : malgré un casting séduisant (avec notamment Christina Ricci), malgré la volonté d'authenticité (une ancienne hôtesse de la Pan Am est conseillère et productrice exécutive, ce qui donne lieu à de savoureux détails sur la pesée des hôtesses avant chaque vol, par exemple), malgré des costumes magnifiques respectant le style des années 60, malgré des décors soignés (un Boeing 707 a même été assemblé de A à Z), malgré une bande musicale conforme à la fois à l'époque et aux destinations choisies, Pan Am n'a pas réussi à garder son public. Des 11 millions de téléspectateurs initiaux, la série n'en avait plus que 3,7 au 12e épisode. Pas sûr donc que le vol se poursuive au-delà des 14 escales de la saison 1.

Pan Am , Be 1, 20 h 50 (crypté).