Une « Matière grise » au top

AGNES GORISSEN

jeudi 10 mai 2012, 11:39

Des prix à la pelle, des audiences excellentes : l'émission présentée par Patrice Goldberg a la forme. Son secret : un mélange de sérieux sur le fond et de détente dans la présentation. Au menu ce soir : une sorte de revanche des femmes.

Une « Matière grise » au top

Patrice Goldberg, c’est la passion de la science depuis toujours Un homme heureux de ce qu’il fait Et ça se ressent dans l’émission « Matière grise » © RTBF

ENTRETIEN

Non, les femelles ne sont pas génétiquement programmées pour être fidèles alors que les mâles, eux, auraient tout loisir de papillonner sous prétexte de s'assurer une descendance maximale. « Le combat des spermes », le hors-série de Matière grise diffusé ce soir, prouve le contraire : dans le règne animal, les demoiselles butinent elles aussi joyeusement pour mettre en compétition les reproducteurs et ne garder que le meilleur. Un constat qui pourrait bien s'étendre à l'espèce humaine. Et qui donne un grand coup de pied à la théorie de l'évolution telle que Darwin l'a transmise. Voilà un sujet à la fois amusant et iconoclaste qui ne pouvait que séduire Patrice Goldberg, le curieux journaliste, présentateur et producteur de l'émission.

Il vient d'où, ce documentaire ?

De la BBC. On l'a adapté pour le réduire d'une heure à 42 minutes. On l'a trouvé vraiment intéressant. Surtout pour les femmes : c'est complètement antimachiste ! Mais les recherches mises en évidence sont on ne peut plus sérieuses. Et le plus extraordinaire, c'est que ces découvertes partent des mouches du caca !

D'une façon générale, « Matière grise » a l'art d'adapter ou de produire des émissions qui lui valent des tas de prix…

C'est le magazine le plus souvent récompensé de tout le paysage télévisuel belge, Flandre comprise ! Ça fait évidemment plaisir puisque, sur la scène internationale, on est en compétition avec la BBC, National Geographic et d'autres, ça veut dire que le petit film belge, avec cent fois moins de moyens, séduit des jurés de partout dans le monde. C'est comme si un type qui a peu de possibilités de s'entraîner battait Hussein Bolt sur le 100 mètres…

Les marques de reconnaissance sont une chose, mais où en sont les audiences chez nous ?

Excellentes. Il est difficile d'établir une courbe parce qu'on est diffusé depuis septembre le jeudi soir sur la Une, alors qu'on l'était avant le mardi soir, l'univers concurrentiel est différent. En plus, comme l'émission passe en deuxième partie de soirée, l'horaire n'est jamais le même, il dépend de ce qui est programmé avant. Mais la moyenne est de 200.000 téléspectateurs par émission, redifs sur la Deux comprises. Les deux précédentes, diffusées très tard, ont eu droit à une redif sur la Une le dimanche vers 14 h 30 à la place des docs animaliers, et elles ont fait mieux que la moyenne de la case. Autre élément encourageant : à chaque fois, l'audience augmente au fil de l'émission, ce qui veut dire qu'au public présent au début, s'ajoutent des téléspectateurs qui sont passés par hasard et ont décidé de rester. Donc, même en étant programmé à 23 h, où en principe le public diminue, on est captivants.

Etonnant : a priori, la science a quelque chose de rébarbatif…

C'est vrai, mais nous essayons de la rendre accessible. L'homme est curieux, il veut comprendre, améliorer, c'est pourquoi il existe des chercheurs depuis toujours. Et nous, nous sommes curieux de la curiosité des chercheurs, nous mettons en évidence des gens qui sont déjà en train de travailler à notre avenir. Et on essaie de le faire de façon enthousiaste, amusante, enjouée, sans jargonner. L'idée, c'est de faire la chasse aux mots compliqués et de garder un regard d'enfant – la science, ce n'est pas que des vieux dans leur tour d'ivoire. Mais sans perdre le regard critique du journaliste.

Des nouveautés pour la suite ?

Il y en a toujours. Et il y en aura à nouveau à la rentrée. Quelque chose de neuf mais qui pourra vivre indépendamment de Matière grise. Mais je ne peux pas en dire plus pour l'instant…

Matière grise , la Une, 21 h55.