Pourquoi regarder l'Eurovision

JEAN-FRANCOIS LAUWENS

mardi 22 mai 2012, 11:39

Le 57e Concours Eurovision démarre ce soir pour la Belgique. Depuis des années, on le juge démodé et ringard. Et si, pour une fois, on se demandait pourquoi il reste incontournable ?

Pourquoi regarder l'Eurovision

Avec un mélange typique de l’Eurovision de sonorités folkloriques et modernes, les six Buranovskiye Babushki (les grands-mères de Buranovo, dont une de 86 ans) seront l’attraction © afp

Nullité musicale, triomphe du kitsch, récupération gay, exploitation politique (les pays de l'Est), audiences presque confidentielles chez nous, corruption (Amaury Vassili, candidat de la France en 2011, a affirmé ce week-end sur M6 que les tractations pour l'attribution des points fourmillaient dans les coulisses du concours), considérations géopolitiques (faut-il aller en Azerbaïdjan ?), solidarités géographiques ou linguistiques… La liste des raisons pour lesquelles l'Eurovision ne suscite plus que regards amusés est chaque jour plus longue.

Pourtant, ce mardi soir, à Bakou, Iris, la jeune candidate belge (lire ci-dessous), et sa gentille chanson pop ne s'aligneront pas dans le but de ne surtout pas l'emporter. Plutôt que de chercher, c'est trop facile, les raisons de se moquer de l'Eurovision, cherchons celles de regarder tout de même ce rendez-vous créé en 1956 en Suisse.

La nostalgie. Pour toute une partie des Belges de plus de 30 ans, l'Eurovision constitue un rendez-vous aussi immanquable que le Tour de France, une tradition télévisée même si l'on n'est pas fan de cyclisme. L'Eurovision, c'était l'époque où, pour un soir, toutes les chaînes montraient la même chose. Sans parler de Sandra Kim, c'était aussi une époque où, d'Abba à Marie Myriam, les chansons gagnantes se transformaient en tubes énormes.

Le spectacle. Une des tartes à la crème consiste à dire que le spectacle de l'Eurovision est kitschissime et ringard. Ce n'est plus vrai. Les pays de l'Est, qui sont le plus souvent les organisateurs, y mettent des moyens énormes et, aujourd'hui, le show ressemble à n'importe quel divertissement de prime time style The Voice. En revanche, c'est aussi un endroit qui offre des surprises énormes : le retour d'Engelbert Humperdinck, crooner de 76 ans, ou de l'étonnante formation russe Buranovskiye Babushki composée de six femmes en costume traditionnel dont une de 86 ans.

Le suspense. Le coup de génie des créateurs de l'Eurovision, c'est incontestablement cette séance de l'attribution des votes, semblable à celle des tirs au but en football. En réalité, ce principe en lui-même rend passionnante une compétition qui ne l'est pas du tout. C'est comme le Concours Reine Elisabeth ou le Festival de Cannes, personne n'y connaît rien ou n'a vu les films en lice mais tout le monde veut savoir qui a gagné !

Le prestige. Défense de rire ! L'Eurovision reste quelque chose d'extraordinairement prestigieux malgré les railleries des Européens de l'Ouest qui y participent depuis 56 ans et en sont blasés. En Scandinavie, cela reste l'événement le plus suivi de l'année. A échelle mondiale, c'est la plus grosse audience annuelle devant le Superbowl américain. Dans les pays de l'Est, l'Eurovision est plus que jamais considérée comme « the » événement de l'année, une vitrine touristique et économique de premier plan pour des pays qui savent qu'ils n'organiseront ou ne gagneront jamais la Coupe du monde. Cf. les récupérations par la Russie hier ou l'Azerbaïdjan aujourd'hui.

La géopolitique. Il y a des gens qui regardent le Tour de France pour les paysages. C'est un peu la même chose pour l'Eurovision : à l'exception du tour préliminaire de la Ligue des Champions, on n'entend jamais parler du Monténégro ou de Saint-Marin. L'Eurovision permet de découvrir certains pays, voire (même si moins qu'avant) certaines langues ou cultures et des folklores mélangés à des sonorités actuelles. Et puis, il y a aussi le côté plus géopolitique, passionnant à décrypter, à savoir les reports de votes éhontés et caricaturaux entre pays amis (Grèce-Chypre, les Baltes, les turcophones) ou ennemis (les ex-Yougoslaves ou ex-Soviétiques).

On ne sait jamais. Les pronostics sont devenus tellement difficiles à établir vu les résultats des dernières années que, comme avec Tom Dice il y a 2 ans, on n'est jamais à l'abri d'une victoire ! Sauf que les Belges n'ont pas l'intention de dépenser leur temps et leur argent en votes par GSM…

Concours Eurovision de la chanson – 1re demi-finale, la Une, 21 h.