Le sport de tous les records

JEAN-FRANCOIS LAUWENS

mardi 03 juillet 2012, 12:34

Comme lors de toutes les éditions précédentes, l'Euro 2012 a encore fait reculer les limites des audiences télévisées du football, le sport-roi de la planète. Il n'est plus juste un sport mais un phénomène de société. En Belgique, la RTBF a une nouvelle fois profité à fond de l'événement.

Le sport de tous les records

: AFP

DÉCRYPTAGE

La scène se passe il y a quelques jours à RTL-TVI. A la question polie et amicale « Comment ça va ? », le patron de la télévision, Stéphane Rosenblatt souffle : « Ça ira mieux dimanche… » Dimanche, c'est-à-dire quand l'Euro sera terminé et que les audiences auront repris une physionomie plus classique. Comme si les chaînes ne diffusant pas de foot avaient renoncé au combat un mois durant tous les deux ans. Sans parler des chiffres des pays concernés (83 % de parts de marché dimanche en Espagne, 82 % en Italie), c'est toute l'Europe qui enregistre (46,4 % PDM chez nous en finale), de Coupe du monde en Euro, une hausse permanente des audiences du foot. Et ce n'est peut-être pas encore fini. Explications.

Les horaires. Depuis 10 ans et le Mondial nippo-coréen, toutes les compétitions ont eu lieu dans notre fuseau horaire, là où se trouvent les grands pays de foot. Donc, le foot est en prime time chez nous, ce qui contribue à faire exploser les audiences. Demain, Brésil, Russie et Qatar adapteront leurs horaires au marché dominant des sponsors.

Le niveau. A deux points de vue : le niveau sportif atteint (et celui des Euros est supérieur à celui des Mondiaux) par les meilleures équipes mais aussi le niveau devenu exceptionnel des retransmissions sur le plan technique qui font rivaliser un Euro avec Avatar. Et ce n'est pas fini.

La pipolisation. Le cinéma ou le disque sont en récession. Les vraies stars planétaires, ceux que l'on révère à Tokyo, Shanghai, Lagos, Madrid et Rio, ceux qui font vendre des sodas et des voitures, ne sont plus Tom Cruise ou Madonna mais Lionel Messi ou Cristiano Ronaldo. Ces noms-là sont aujourd'hui connus de tous, même de votre grand-mère ou de votre petite amie. Jadis, Beckenbauer ou Cruyff ne fascinaient que les amateurs de foot. Aujourd'hui, publicité, presse à sensation, mode, jeux vidéo, les joueurs sont partout, même dans les Enfoirés. Les jeunes filles se réunissent même pour des soirées foot. Dans notre univers culturel, c'est – paradoxalement car la culture footballistique était jusque-là plus ancrée en Belgique qu'en France – la victoire des Bleus en Coupe du monde qui a provoqué ce phénomène. D'un coup, le sport des beaufs est devenu tendance et presque intello. Revers de la médaille : la faillite des petites frappes de l'équipe de France remet en cause le modèle black-blanc-beur et surtout éloigne une partie du public venue au foot pour des raisons extra-sportives. C'est un cas esseulé en Europe. Un seul chiffre pour dire ce désamour : TF1, dont les audiences sont très dépendantes des grandes compétitions de foot, a réalisé en juin le… plus mauvais mois de son histoire en termes d'audience !

L'événement. Plus que jamais, la dimension événementielle est devenue prépondérante dans la perception du public. Hier, un Euro ou un Mondial ne concernaient que la « fan base » du football. Aujourd'hui, ce sont des événements transgénérationnels, qui transcendent aussi les sexes, les catégories sociales et, à de très rares exceptions près, les régions du monde entier. Chacun sait aujourd'hui qui a gagné l'Euro même sans avoir vu un match. Mais, dès que la saison « normale » reprendra, on reviendra à un public de supporters et à des chiffres attendus : 500.000 téléspectateurs pour les Diables, 400.000 pour Anderlecht ou le Standard, 200.000 pour un match de Ligue des Champions.