« Desperate », éternel féminin

AGNES GORISSEN

mercredi 04 juillet 2012, 10:57

Plus besoin de présenter Desperate Housewives : tout le monde connaît Bree, Lynette, Susan et Gabrielle, les héroïnes de Wisteria Lane. Elles ont tiré leur révérence il y a quelques semaines aux Etats-Unis après huit ans d'une vie à l'écran plutôt chaotique.

« Desperate », éternel féminin

: DR

Dans notre liste des plus beaux génériques, c'est le seul qui ne soit pas lié à une chaîne câblée ou à péage : c'est une série ABC. En général, les grands networks proposent des séries plus formatées et les génériques sont à leur image, se contentant souvent de présenter les personnages et de donner une idée de ce qui leur arrive. Dans ce paysage, Desperate Housewives fait figure d'exception. Faisait, plutôt, parce qu'à partir de la saison 4, le magnifique générique des débuts a été raccourci, perdant tout son sel.

Souvenez-vous : des œuvres picturales détournées s'enchaînent, de façon à brosser l'évolution du statut de la femme et de son rôle dans la société à travers les âges. On commence avec Adam et Eve, de Lucas Cranach l'Ancien ; mais ici, Eve n'a pas le temps de tendre le fruit défendu à Adam, car une pomme géante tombe sur lui. Qu'importe la manière, là aussi, l'homme n'aura de cesse de faire payer à la femme la perte du Paradis.

Comment ? La deuxième scène a pour décor le temple de Philae, en Egypte, dessiné par l'aquarelliste écossais David Roberts ; on y voit la reine Nefertari, épouse de Ramsès II, que ses enfants de plus en plus nombreux ensevelissent littéralement. On enchaîne avec les personnages du tableau Les époux Arnolfini, de Jan Van Eyck ; madame, enceinte, les yeux baissés en signe de soumission, prend son balai pour nettoyer la peau de banane que monsieur vient de jeter négligemment – après la mère débordée, la ménagère esclave.

Le balai atterrit chez de sinistres fermiers du Middle West tirés du tableau American Gothic de Grant Wood. La femme, en retrait, la mine déconfite, doit supporter de voir son mari céder aux charmes d'une pin-up (dessinée, elle, par Gil Elvgren) – après toutes les servitudes, l'infidélité. La fermière est littéralement mise en boîte, une boîte à sardine, que l'on retrouve dans la cuisine d'une ménagère américaine dont les bras sont chargés de conserves, détournement d'une affiche de propagande de Dick Williams en 1944, intitulée Of course I can, pour inciter au rationnement – aux femmes les fourneaux et la gestion du budget.

Le monde a changé

Parmi les provisions de la dame, une boîte de Campbell's Soup (clin d'œil à Andy Warhol) qui échoue, au tableau suivant, dans les mains d'un homme tout droit sorti des œuvres Romantic Couple et Arguing Couple du peintre Pop Art Robert Dale : il est temps que les hommes mettent la main à la pâte, même modestement. Confirmant que le monde a changé, la femme n'hésite pas à coller un coup de poing à son mec – parce qu'il a tenté de se rebiffer ? Le générique se termine alors là où il avait commencé, dans le jardin d'Eden, mais cette fois avec nos quatre héroïnes principales. Parmi les pommes qui tombent de l'arbre, certaines atterrissent dans leurs mains. Pour signifier que la lutte des femmes est un éternel recommencement ? Pour souligner au contraire qu'elles ont conquis le droit au fruit défendu ? Si tel est le cas, la fin de la série laisse entendre qu'il y a un prix à payer…

Pour accompagner ce visuel créé par l'Agence yU+Co (génériques de John Adams ou Ugly Betty), on a fait appel à Danny Elfman, qui avait signé la musique d'ouverture des Simpson et composé la musique de la plupart des films de Tim Burton. Sa musique pour Desperate Housewives lui a valu un Emmy Award en 2005.

Demain : « True Blood »