« Weeds », la faille dans le conformisme

AGNES GORISSEN

samedi 07 juillet 2012, 09:46

Dernier épisode de notre série sur les plus beaux génériques de séries télé actuels. Celui-ci est tout aussi intéressant visuellement que musicalement.

« Weeds », la faille dans le conformisme

DR

Une petite vie bien rangée, bien comme il faut, dans une banlieue proprette où rien ne distingue un voisin d'un autre : telle était la vie de Nancy Botwin. Jusqu'à ce que son mari décède inopinément, la laissant seule avec leurs deux enfants, dont un ado. Il lui faut alors chercher de quoi faire subsister la famille. Pas en trouvant un emploi : avec les impôts et tout le reste, elle aurait vite fait de perdre sa maison – et de toute façon, à Agrestic, les femmes ne travaillent pas, elles profitent de leur standing, pas question pour Nancy d'avoir l'air de déchoir. La solution, alors ? Se lancer dans l'herbe. Pas celle des parterres : celle qu'on fume. De la beuh, quoi – autrement dit « weed » en anglais. Un business un peu compliqué dans une banlieue aussi conformiste qu'Agrestic (quoique, si l'on regarde bien, on constatera que ce nom est l'anagramme de « cigarets »…) – et un sujet délicat qui ne pouvait venir que d'une chaîne câblée ou à péage, Showtime en l'occurrence.

La vie de Nancy va connaître pas mal de soubresauts, accompagnés de changements de ville de résidence, ce qui a aussi amené la production à modifier le générique. Mais, pendant les trois premières saisons, une vraie petite merveille a accompagné chacun des épisodes. Tout le monde se souvient d'abord de la chanson : Little Boxes, écrite par Malvina Reynolds en 1962. Une attaque en règle de toutes ces banlieues sans âme et sans identité qui ont poussé comme des champignons aux Etats-Unis dans l'après-guerre. Pendant la saison 1, c'est l'auteure elle-même qu'on entendait chanter. Puis, dans les deux suivantes, elle a été reprise par des interprètes divers, d'Elvis Costello à Billy Bob Thornton, d'Engelbert Humperdinck à Randy Newman, d'Angélique Kidjo à Joan Baez, en passant par un orchestre classique et Linkin Park.

Mais le visuel de ce générique est tout aussi intéressant, collant parfaitement à la chanson et au propos de la série – même si on n'en voit aucun personnage. Créé par TCG (Thomas Cobb Group, à qui l'on doit aussi les génériques de Buffy contre les vampires, Alias, 24 Heures chrono, NCIS ou Grey's Anatomy), il commence par une sorte de carte géographique sur laquelle poussent l'une après l'autre des maisons, identiques, s'alignant comme des petites boîtes. Et bien sûr, la ville a sa fontaine, déversant allégrement des litres d'eau.

Il n'y a pas que l'habitat qui joue sur le mimétisme. Voilà que s'engouffrent dans la même allée du même parc des joggeurs habillés de la même façon. On peut supposer que ce sont les mêmes hommes que l'on voit ensuite entrer presque à la queue leu leu dans le même coffee shop, vêtus du même costume, et en ressortir avec le même gobelet. Avant de faire sortir la même voiture, un 4 × 4, de l'entrée de garages identiques pour emprunter la même rue à la même heure. Les hommes partis au boulot, les femmes peuvent vaquer à leurs occupations. En commençant par le même jogging, sur les mêmes trottoirs, avec les mêmes tenues.

C'est alors que se glisse la seule note discordante de ce monde lisse : l'ombre d'un plant de cannabis sur un pavé du trottoir. Allusion à la « petite entreprise » de Nancy Botwin, mais aussi à ce qui se cache réellement derrière la belle hypocrisie des habitants d'Agrestic.

Bien qu'elle ait beaucoup changé au gré des aventures de Nancy, Weeds a séduit le public sur la durée : elle aura vécu huit saisons – la dernière vient de commencer aux Etats-Unis. Chez nous, Be TV a diffusé les cinq premières et la sixième arrivera le 6 août ; la RTBF, qui a aussi les droits, est en ce moment en train de repasser la deuxième sur la Deux.