TF1 s'explique au nom de l'info

AGNES GORISSEN

mardi 10 juillet 2012, 10:37

Dimanche, « Sept à huit » a utilisé les discussions entre la police et le meurtrier assiégé. Deux enquêtes ont été lancées, pour violation du secret de l'instruction et pour identifier la fuite. Les familles ont porté plainte contre TF1 et le CSA menace la chaîne.

TF1 s'explique au nom de l'info

Mohamed Merah s’était filmé lui-même dans ses attaques, avec un plaisir et un fanatisme qui font froid dans le dos © AFP/France 2

Droit à l'information, violation du secret de l'instruction, respect des victimes : en une seule émission, dimanche soir, TF1 a remis toutes ces notions sur le tapis. L'objet de la polémique : la diffusion, dans Sept à huit, de larges extraits de la conversation qu'ont tenue des négociateurs de la police avec Mohamed Merah, pendant le siège de son appartement, le 20 mars. Un siège de 32 heures, qui suivait l'assassinat par Merah, au nom d'Al-Qaïda, de trois militaires français à Toulouse et Montauban puis de trois enfants juifs et un professeur dans une école toulousaine. Merah a finalement été abattu. Mais quatre heures de discussions avaient été mises sous scellés. Ce sont elles qui ont en partie ressurgi dimanche soir.

« Nous sommes journalistes, notre travail, c'est d'informer », a lancé hier Catherine Nayl, directrice de l'information du groupe. Tant Harry Roselmack, présentateur de l'émission, que la société des journalistes de TF1 et Emmanuel Chain, le producteur, ont estimé légitime de diffuser ces extraits parce qu'ils contenaient de vraies informations – sur l'embrigadement de Merah, les techniques qu'il a utilisées pour berner les services de renseignements, le déroulement des négociations…

Oui mais… Pas de regrets, un jusqu'au-boutisme fanatique : les propos de Merah sur ces enregistrements, sa voix même, ont terriblement choqué les proches des victimes. Lundi matin, une des familles a riposté : « On n'en est plus au stade de l'ouverture d'une information judiciaire. Le fait de diffuser un élément couvert par le secret de l'instruction signifie un recel. Le procureur peut mettre le PDG de TF1 (Nonce Paolini, NDLR) et le producteur de l'émission en garde à vue et solliciter leur mise en examen », a déclaré l'avocat de la famille d'Imad Ibn Ziaten, le premier militaire tué. Plus tard dans la journée, les familles ont déposé plainte collectivement contre TF1.

Face à la polémique, qui a enflé dès dimanche – le ministre français de l'Intérieur, Manuel Valls, a déploré le choix de TF1 –, et face aux recommandations du Conseil supérieur de l'audiovisuel de ne pas utiliser ces documents, la chaîne privée les a retirés de son site et des services de replay.

Mais deux enquêtes ont été ouvertes, une par le parquet de Paris pour violation du secret de l'instruction, l'autre par l'IGPN, la police des polices, pour identifier l'origine de la fuite. Et Michel Boyon, le président du CSA, a déclaré sur Europe 1 : « Nous allons examiner ce dossier. Nous allons nous assurer que TF1 et LCI respectent les obligations de nature déontologique qui les lient avec le CSA. S'il y a nature d'intervenir, notamment par la voie de procédures de sanction, nous le ferons (…) TF1 risque des sanctions financières ou la lecture d'un communiqué à l'antenne où on indique que la chaîne a commis une faute. »