Beenkens : « On s'est lâchés »

JEAN-FRANCOIS LAUWENS

mardi 24 juillet 2012, 10:59

Ennuyeux au possible, le Tour de France 2012 n'a pourtant pas été boudé par le public, qui l'a plus regardé certains jours que les prime-time des chaînes. Rodrigo Beenkens et Cédric Vasseur y ont évolué dans un registre parfois inattendu.

Beenkens : « On s'est lâchés »

Le Tour hyper-contrôlé de de Wiggins et Froome n’a pas empêché Rodrigo Beenkens de se lâcher Au contraire © AFP et Dominique Duchesnes

Le Tour de France est terminé et l'on ne peut que constater une nouvelle fois qu'il reste extraordinairement populaire. On se souvient encore des éditorialistes de la presse parisienne annonçant, lors de l'affaire Festina en 1998, que le cyclisme allait devenir l'équivalent du catch et que le Tour de France allait disparaître… Bien sûr, il y a le mauvais temps qui a gardé les Belges devant leur téléviseur, mais le fait est là : presque autant qu'en 2011, année-record (sans doute l'effet Gilbert), le Tour 2012 a passionné les foules. Pas mal pour une épreuve que l'on s'échine à salir par les affaires de dopage et pour une course que l'on savait jouée une semaine après le départ ! D'ailleurs, nombre de téléspectateurs ne se sont-ils pas plaints de leur ennui ? Mais ils n'ont pas lâché prise pour autant – et sont plus jeunes qu'avant.

L’explication

La pluie a aidé Avec sept étapes regardées en moyenne par plus de 300.000 téléspectateurs (380.000 pour la victoire de Sanchez à Foix, 360.000 pour celle de Sagan à Seraing), le Tour a réalisé quelques très belles audiences, parfois meilleures que celles de tous les programmes de prime-time du jour. Il faut bien avouer que la météo médiocre de ces trois premières semaines de juillet a favorisé ces excellents résultats. D'ailleurs, on ne peut que constater que, dès que le beau temps est revenu, et que le suspense a disparu, les audiences ont baissé : 222.000 personnes pour l'étape de dimanche. En résumé, la moyenne de ce Tour est de 244.700 téléspectateurs, 34 % de parts de marché, contre 37 % l'an dernier, l'année-étalon il est vrai. Au total, 1,7 million de personnes ont regardé le Tour durant un quart d'heure.

Inutile de dire qu'au retour d'un enchaînement Euro-Tour, ces chiffres comblent d'aise Rodrigo Beenkens. « C'est surprenant évidemment car on a véritablement assisté à un non-spectacle (NDLR : du fait de la domination de l'équipe Sky de Wiggins et Froome), une catastrophe intégrale qui s'explique aussi par le tracé de cette épreuve dessinée pour les VIP. On a eu plus de spectacle dans la bosse de 4e catégorie vendredi que dans les 6 cols hors catégorie réunis. Quel intérêt de mettre le Tourmalet si loin de l'arrivée ? Mais ce succès, c'est aussi celui d'une équipe technique formidable. »

« Vasseur n'a rien signé »

Et celui d'un tandem d'excellence avec Cédric Vasseur. Cette fois, le duo a d'autant mieux fonctionné que les deux comparses n'ont pas hésité à recourir au deuxième ou troisième degré face à certaines performances ou face à la comédie des oreillettes. « Nous racontons un feuilleton, il nous faut donc un certain nombre de fils rouges. Avec l'expérience et l'âge, Cédric et moi avons trouvé plus qu'une complicité, une vraie connivence, et nous nous sommes dit : puisque ce Tour est ennuyeux, lâchons-nous, n'hésitons à pas déconner un peu, quitte à le faire au deuxième degré. Et ce qui change tout désormais, c'est que nous pouvons voir la réaction des gens sur les réseaux sociaux. Les téléspectateurs nous demandaient plutôt de continuer que de nous rappeler à l'ordre. C'est un retour immédiat. Avant, on l'avait au retour en Belgique, c'était trop tard ; là, on a pu se réaiguiller parfois. »

Durant ce Tour, France Télévisions a annoncé l'arrivée de Cédric Vasseur pour le Tour 2013. « Sincèrement, dit Rodrigo Beenkens, ils ont été un peu vite en besogne. Cédric n'a strictement rien signé avec France Télévisions même si ce n'est plus un secret que ce groupe souhaite l'attirer sur ses antennes. C'est sans doute très tentant pour lui en termes de notoriété. Mais il sait aussi que France Télévisions ne lui offrira jamais autant de courses, ni sans doute la même liberté que la RTBF. De toute façon, je suis persuadé qu'il ne sera pas toujours consultant. Il est de la trempe d'un dirigeant. »