Près d’un quart du marché

JEAN-FRANCOIS LAUWENS

mercredi 25 juillet 2012, 11:52

La RTBF diffuse ses programmes via la télévision numérique terrestre depuis 5 ans mais cela ne concerne quasiment personne. Dans un pays câblé depuis les années 70 comme le nôtre, la TNT n’est évidemment pas un marché. En France, en revanche, où l’on n’a longtemps capté que six chaînes, cela a du sens. Le résultat, c’est que, pour la première fois, le public belge francophone n’a plus, vacances exceptées, accès à tout un pan des chaînes françaises. Et de chaînes françaises qui, pour le coup, font parler d’elles. C’était déjà un peu le cas avec Canal+ et M6 mais, désormais, une partie de nos repères français s’en va vraiment…

Or, il faut bien dire que si le mercato français est relativement agité, cela ne concerne que… ces fameuses chaînes de la TNT. A l’exception du passage d’Estelle Denis de M6 vers TF1, l’essentiel de l’activité concerne ces chaînes qui grandissent sans cesse. Prenez le cas de Direct 8, chaîne du groupe Bolloré en cours de rachat par Canal+. Pour frapper sur le terrain de la télé gratuite, le groupe de chaîne à péage se donne les moyens : il achète la Nouvelle Star à Fremantle (RTL), recrute Laurence Ferrari (qui elle-même aurait Roselyne Bachelot et Audrey Pulvar comme chroniqueuses), débauche Cyril Hanouna à France 4 pour remplacer Jean-Marc Morandini parti rejoindre Cauet sur NRJ 12.

Le véritable phénomène de fond, en réalité, c’est tout simplement la véritable guerre que se livrent les grands opérateurs pour obtenir des canaux sur la TNT. Avec les 26 chaînes diffusées à l’automne, la TNT ne s’ouvrira pas à de nouveaux entrants mais à un affrontement entre France Télévisions, TF1 (TMC, NT1, Eurosport, LCI, HD1, TF6), RTL (M6, W9, 6ter, TF6), Canal+ (Paris Première, Direct 8, i-Télé), NRJ (NRJ 12, Chérie HD), Amaury (L’Équipe HD) ou NextRadioTV (BFM TV, RMC Découverte).

Alors pourquoi un tel enthousiasme ? Tout simplement parce qu’après avoir vu longtemps leur horizon télévisuel se limiter à quelques chaînes, les Français se sont rués d’une façon incroyable vers ces nouvelles possibilités. Si TF1 est si agressif sur ce marché, c’est pour deux raisons. D’abord, elle a manqué le train de la TNT et en a été pénalisée dans ses chiffres. C’est pourquoi elle a racheté les chaînes du groupe AB ou fait le forcing, vu le succès de BFM TV, pour que LCI ne soit plus payante.

Nombre d’experts estiment que la crise de TF1 est plus due au succès de la TNT qu’à celui de France 2 ou M6. Mécaniquement, en tout cas, cette nouvelle offre fait perdre des parts de marché à la première chaîne de France et à toutes les chaînes historiques. A l’issue de l’année 2011, la TNT lancée en 2005 représentait rien moins que 23,1 % de parts de marché contre 65,2 % aux chaînes historiques qui possédaient 100 % du marché moins d’une décennie plus tôt…