Regardez-la bien dans les yeux
JULIE HUON
jeudi 09 août 2012, 10:16
Certaines personnes voient les animaux comme des sujets sociaux et non comme des objets ou les membres anonymes d'une espèce. Un documentaire est allé à la rencontre de ces personnages étonnants.
Ça a de jolis yeux, une vache Bordés de longs cils et amateurs de trains Parfois, ça regarde un homme bien en face et on en fait un documentaire Photo : imageglobe
Au moment où ces grands singes nus que nous sommes mesurent leur capacité à sauter le plus haut dans le ciel, à courir le plus vite possible et exhibent leurs cuisses de guépard, leur cou de taureau ou leur cambrure de dauphin, de vrais animaux rencontrent de vrais humains (enfin, pas des athlètes, quoi) sur La Trois.
Ce soir, le documentaire Dans le regard d'une bête de la Belge Dominique Loreau va vous gober comme la langue d'un caméléon tombe amoureuse d'une grosse mouche. On y croise des gens qui ont décidé que l'animal ne leur était pas forcément inférieur. En tout cas, que derrière chaque regard, il y a une pensée. Une âme, osent certains. « C'est sur ce regard que j'ai travaillé, explique la réalisatrice, comment l'animal nous regarde et comment nous regardons l'animal. »
Il y a la fille qui danse avec des oiseaux. Elle lance dans les airs une grosse corneille un peu flippante qui lui retombe sur la nuque ou au creux de la main. Surprenant.
Il y a le type qui gratte la tête de son taureau si bien qu'on dirait qu'il va se mettre à ronronner (le taureau, pas le type. Quoique). Touchant.
Il y a cet autre qui meugle dans un champ, galope à quatre pattes et mâche de l'herbe devant un troupeau de vaches à l'air, il faut avouer, un rien atterré. « Je suis assez fier quand un animal vient vers moi et me montre de l'attention, de l'affection, confie-t-il. J'ai cette envie, oui, d'être pris en considération par les animaux. » Hilarant.
Le fil conducteur, donc, c'est le regard. Longs plans rapprochés des yeux d'une grenouille, d'un hibou, d'un chien, d'un cochon, d'un éléphant, d'un lémurien
Et c'est vrai que parfois passent beaucoup de choses dans ces pupilles-là. De la peur, de la surprise, de la langueur. Parfois pas. Parfois rien que deux globes, tout noirs, renvoyant le reflet du globe, tout noir, de l'objectif de la caméra.
« Le film interroge la frontière que l'homme occidental a établie entre lui et l'animal pour justifier l'asservissement et la réification de l'animal », dit Dominique Loreau. La cinéaste est allée à la rencontre d'éthologues, d'éleveurs résistant à l'élevage industriel, de dresseurs d'animaux, de danseurs, d'un acteur et de simples citoyens vivant avec des animaux « qui remettent en question l'étanchéité de cette frontière en tentant des expériences de vie qui modifient notre relation avec les animaux. Ils les abordent comme des sujets sociaux et non comme des objets ou des membres anonymes d'une espèce, et prouvent qu'en réalité, cette frontière qui nous sépare des animaux est perméable et se brouille ».
Elle a beau aimer les questions philosophiques, cette ancienne de l'Insas dont c'est le huitième documentaire se fait un devoir de rester dans le concret. Elle a donc traîné sa caméra dans des élevages, des abattoirs, des zoos, des musées et des endroits insolites où on apprend aux orangs-outangs à se connecter entre eux par internet
Après, on sort de chez soi et plus jamais on ne regarde les pigeons comme avant.
Dans le regard d'une bête , La trois, 21h05.