Le Brussels Electronic Music Festival garde le cap

STIERS,DIDIER

mardi 23 mars 2010, 09:20

Deuxième édition du BEMF au Bozar, entre clubbing et sonorités expérimentales. Une édition qui ne s'adresse pas qu'aux raveurs, dans un Bozar où tous les espaces seront mis à contribution. Le Festival se déroule du vendredi 26 au dimanche 28 mars.

Le Brussels Electronic Music Festival garde le cap

Paravoice : sa voix sert d’instrument de percussion © DR

La deuxième édition du festival de musique électronique mis sur pied par le Bozar et Darko aura lieu ces vendredi, samedi et dimanche. Deuxième édition, ou première si l'on s'en tient au bilan que dresse le même Darko de celle de 2009. « Avec le recul, admet le maître d'œuvre des soirées Statik Dancing, et en fonction des difficultés rencontrées l'an passé, je dirais que ce fut plutôt un test. Mais nous avons accueilli près de 4.000 visiteurs, soit plus que prévu. »

The Aktivist : un projet échappant aux étiquettes

Invité parmi les 45 artistes que rassemble ce BEMF 2010, Gauthier Keyaerts alias The Aktivist s'y produira en live. Et en images.

L'artiste bruxellois illustre avec l'une de ses nombreuses incarnations musicales, la philosophie du festival. Touche-à-tout aux humeurs changeantes, passionné de cinéma marqué par la bande originale du Ghost dog de Jim Jarmusch, il précise : « Je ne sors pas en boîte, là où le dj est un peu le roi de la fête. Et je danse très mal. Je suis un vieux punk qui s'est déglingué les cervicales en pogotant. »

Échappant à tout cadre précis, The Aktivist n'est pas dansant (« Même si ça peut faire remuer un petit peu ») ni pop (« Même s'il y a des mélodies »). Collages sonores et minimalisme nourrissent cet avatar enraciné dans le milieu des arts numériques. « J'ai pas mal travaillé avec des artistes plasticiens, dont Natalia de Mello. Au Bozar, elle sera là par le biais d'un film illustrant un voyage musical de 25 minutes. » Un voyage thématique qu'on laisse au spectateur/auditeur le soin de découvrir.

L'an dernier, au BEMF, c'est en assistant à la soirée Raster-Noton qu'il a pris son pied. Aujourd'hui, il passe de l'autre côté… « Je n'ai plus envie d'être seul dans mon studio devant une paire de moniteurs. J'ai besoin d'un public, d'images, et c'est gai de voir ces musiques prendre de l'espace à travers un principe d'installation. »

The Aktivist échappe donc à toute logique commerciale. « Dans la techno, il y a des choses qui me parlent, assure pourtant Gauthier Keyaerts, ex-pensionnaire du label Sub Rosa. J'aime écouter du hip-hop, du Miami bass, mais je ne ferai jamais du Lady Gaga. Ou je le détournerai toujours… »

Au Bozar, dimanche 28 mars, salle M, 22 h.

www.myspace.com/theaktivist

Le concept du Brussels Electronic Music Festival reste inchangé. L'événement est belge, organisé dans un cadre adapté (même si la Partyharders Night de samedi au Recyclart annonce une certaine décentralisation), et offre l'occasion d'explorer quatre genres bien précis : electronica, krautrock, minimal techno et musique expérimentale. « Nous envisageons un développement sur trois ans, reprend Darko. L'idée est de doter Bruxelles d'un festival électronique qui soit respecté sur la scène internationale, comme peuvent l'être ceux qui se tiennent au Canada (NDLR : le Mutek de Montréal) ou en Espagne (NDLR : le Sonar de Barcelone), par exemple. » Quant aux raisons par lesquelles l'intéressé explique pourquoi le BEMF est né si tard dans la capitale d'un pays pourtant réputé en la matière, il y en aurait notamment une touchant au manque d'institutions : « C'est vrai, la Belgique a une très bonne image à l'extérieur, pour la musique en général et la musique électronique en particulier. En Flandre, le Culture Club et le Boccaccio auparavant ont rassemblé les gens, créés une culture, une scène. C'est ce qui manque à Bruxelles. Créer une unité sur la scène bruxelloise est un trop gros boulot, je ne veux pas me le mettre sur le dos. Mais si on arrive à rassembler un peu ceux qui sont les acteurs de la musique électronique, ce serait déjà pas mal. »

Si les sonorités électroniques drainent déjà les connaisseurs en Belgique (du côté des Ten Days, I Love Techno ou même au Pukkelpop), le BEMF version 2010 ne s'adressera pas qu'aux clubbers. Même si le coup d'envoi des festivités sera donné ce vendredi par un contingent de dj's mexicains. Tous les espaces du Bozar étant mis à contribution, certains invités pourront parfaitement s'écouter assis. La preuve, notamment, avec ce voyage ambient dans l'histoire de Cluster que vous proposent ses deux membres, Hans-Joachim Roedelius et Dieter Moebius, actifs depuis le début des années 70. La preuve aussi avec Sylvain Chauveau, un artiste qui déconstruit et retraite, électroniquement of course, les chansons qu'il écrit. Et dimanche, après un détour par l'Islande de Johann Johannsson, la salle Henry Leboeuf accueillera un nouveau showcase du label allemand Raster-Noton. Encore un must ; il en pleuvra d'autres au cours de ces trois soirs.

Info : 02/507.82.00 et www.bozar.be/bemf