Beethoven à l'énergie ou au pas de course

SERGE MARTIN

mercredi 14 décembre 2011, 10:15

Entretien La querelle sur l'interprétation des symphonies de Beethoven rebondit. A ma gauche, les tenants du respect du texte. A ma droite, les héritiers de la grande tradition romantique.

Beethoven à l'énergie ou au pas de course

Le Philharmonique de Vienne sous la baguette de Christian Thielemann ressuscite, en DVD, un certain germanisme © STEPHAN TRIERENBERG/ap

Historiquement, le débat s'est centré autour de l'opposition Toscanini-Furtwängler. Mais le débat rebondit, alimenté par deux des plus prestigieuses formations symphoniques allemandes. Le Philharmonique de Vienne sous la baguette de Christian Thielemann ressuscite, en DVD, un certain germanisme. Enlevé par l'énergie époustouflante de Riccardo Chailly, le Gewandhaus de Leipzig ose un Beethoven d'une vélocité qui le porte à l'incandescence. Pour vous donner les clés de la controverse, nous publions une interview exclusive de Chailly, quelques instants avant un de ses retentissants concerts parisiens, et nous vous expliquons ci-contre comment vous faire votre propre jugement à travers un coffret de DVD.

Repères

Beethoven : Thielemann et Vienne reviennent à la grande tradition Coffret de 3 DVD Blue Ray (C major) Beethoven en majesté ! Des tempi mesurés mais qui peuvent s'emballer avec fulgurance, un orchestre puissant, une expressivité appuyée, une dimension épique… voilà les caractéristiques principales d'une conception titanesque de ces symphonies dans la descendance directe du grand Wilhelm Furtwängler. Beethoven redevient un lutteur et un architecte auquel Thielemann restitue toute son ampleur en concert, à la tête du Wiener Philharmoniker. En bonus : un entretien du chef avec Joachim Kaiser, le pape de la critique allemande pour comprendre le pourquoi de cette gigantesque aventure. (S.M.)

Votre Beethoven est speedé ?

Les tempi sont très rapides mais la vitesse n'est pas un but en soi. Elle prend sens si elle permet la restitution de la tension qui propulse dans l'énergie cette musique. On devient efficace quand la virtuosité devient naturelle.

Comment obtenez-vous l'unanimité de tous vos musiciens à ces tempi renversants ?

La virtuosité de cet orchestre est exceptionnelle, mais ses musiciens mettent un point d'honneur à ne pas le montrer. Cette pudeur relève de leur excellence artistique. Nous avons énormément travaillé sur les dynamiques, les accents, les articulations…

Et le rythme ?

Il est essentiel car les mouvements de symphonies de Beethoven sont construits sur une série de petites sections rythmiques qui se choquent, se répondent et assurent une sorte d'armature mobile à la construction du mouvement. C'est de leur agencement que résulte l'inexorable force de propulsion de cette musique.

Comment se fait-il que l'orchestre ne sonne pas « étriqué » comme dans nombre d'interprétations qui se basent sur les tempi du compositeur ?

Le Gewandhausorchester Leipzig est l'inspiration première de ce cycle. Il est chez lui dans les symphonies de Beethoven dont il a été le premier orchestre à jouer un cycle complet en 1825. Cet orchestre a construit son identité sonore avec ses couleurs à la fois claires et profondes. C'est le son façonné par ses musiciens au fil des siècles. Depuis mon arrivée à Leipzig, j'ai auditionné beaucoup de nouveaux instrumentistes et j'ai été frappé du souci qu'a chacun d'entre eux de s'intégrer à cette communauté sonore. Mon travail a été de me reposer sur cette identité et de la marier avec mes choix interprétatifs, aussi extrêmes fussent-ils. Un travail énorme mais qui nous permet d'aller plus loin au concert.

Ce qui frappe aussi l'auditeur, c'est combien cet orchestre chante merveilleusement.

Le Gewandhaus est le seul orchestre au monde qui joue toutes les semaines à l'opéra et interprète chaque dimanche Bach, dans l'église Saint-Thomas. Le chant relève de sa propre culture et sert à merveille le jeu de tension-détente qui est à la base de la musique de Beethoven.

Beethoven : 9 symphonies, 8 ouvertures ; Beranova, Paasikivi, Dean Smith, Müller-Brachmann, GewandhausChor et Kinderchor, MDR Rundfunkchor, Gewandhausorchester Leipzig, Chailly

Decca, un coffret de 5 CD.