Anne-Catherine Gillet la sincérité et le panache

SERGE MARTIN

lundi 26 décembre 2011, 10:19

Anne-Catherine Gillet triomphe à la Monnaie dans « Cendrillon ». Elle sort un disque de mélodies orchestrales et chante dans un autre avec Adamo. Elle a marqué l'année lyrique en Belgique.

Anne-Catherine Gillet la sincérité et le panache

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RENCONTRE

Elle est la vedette incontestable de la Cendrillon de Massenet à la Monnaie et vient de triompher en Suzanna à l'ORLW où elle avait débuté 16 ans plus tôt en Barberine des mêmes Nozze di Figaro : « Philippe Sireuil m'a confié qu'à l'époque il m'avait choisie alors que j'étudiais encore au Conservatoire parce que j'avais l'air cruche ! »

Difficile de le croire quand on voit l'engagement sur scène de cette Libramontoise qui n'a plus froid aux yeux. « Pour moi, la première qualité, c'est la sincérité : j'ai besoin de concret pour bien cibler mes personnages. C'est à ce prix que je peux faire le tour d'un rôle et incarner un être de chair et d'esprit. » Elle applique cette règle à sa perception de Suzanna. « Son rôle est capital et l'on croit qu'elle mène le jeu. Pour ma part, je pense plutôt qu'elle le subit : ce sont les autres qui lui dictent ses initiatives. Et Mozart a très bien saisi cela : il ne lui confie aucun air pour s'épancher mais bien des scènes où elle est en réaction par rapport aux gens et aux événements. »

Anne-Catherine Gillet ne s'aventure jamais dans un rôle sans avoir fait le tour de l'œuvre entière. Dans le Dialogue des carmélites de Poulenc d'après Bernanos, elle a d'abord incarné Sœur Constance avant de devenir Blanche de la Force : « Elle est fragile et dit d'elle-même : “je suis née dans la peur”. La réalité, c'est que sa mère est morte en couches et qu'elle se sent sa meurtrière. Je reste fascinée par l'histoire de ces religieuses. Quand vous pensez qu'elles ont chanté tout au long du cortège, soit durant 4 kilomètres ! »

Anne-Catherine vient d'aborder le disque par deux fois. Avec l'OPRL dans un redoutable programme Barber, Berlioz et Britten. « L'enregistrement a duré cinq jours : une véritable folie. Je crois que je ne réalisais pas ce qui m'attendait, mais Paul Daniel m'a donné un support merveilleux. Knoxville de Barber semble plus facile mais l'écriture pour la voix n'en est pas moins très tendue, ce qui ne va pas de soi quand on doit conserver la grande ligne. Avec Britten, les atmosphères sont au contraire très variées et se succèdent à vive allure. En fait, je suis très sensible à l'écriture de ce compositeur qui est toujours très précise : il suffit donc de chanter strictement ce qui est écrit et cela fonctionne. »

« Les Nuits d'été de Berlioz sont beaucoup plus complexes. Ce cycle a été écrit pour trois voix différentes et cela s'entend dans la diversité des timbres qui doivent être restitués, après transposition, par une seule voix. Parfois, on a l'impression de ne plus être dans sa voix, mais la magie finit par opérer. On s'installe dans la mélodie et tout fonctionne. »

Une incursion dans la variété

Le disque, c'est aussi cette chanson « Pourquoi tu chantes ? » enregistrée avec Adamo. Il cherchait une chanteuse pour incarner Callas et évoquer l'oiseau qui s'envole pour rester libre et échapper à l'emprise d'Onassis. « Le travail d'enregistrement est tout à fait différent. On travaillait par séquence et j'enregistrais ma partie sur la voix seule d'Adamo. On a ajouté ensuite l'accompagnement. Je savais que Salvatore attendait des choses très précises de ma voix et je me suis efforcée de le lui offrir. Et finalement, ce n'est qu'après le montage que j'ai réalisé ce qu'on avait vraiment produit. »

Demain, la chanteuse belge reprendra à l'Opéra de Paris le rôle d'Aricie dans un opéra de Rameau : « Une vraie princesse qui doit savoir vibrer au-delà des contraintes de l'étiquette. »

D'autres rôles se profilent (Juliette, Manon et puis un jour Gilda et Traviata) : la grande carrière lui est ouverte. Mais elle entend bien la conjuguer avec sa vie familiale. Son mari est musicien et elle a deux enfants. « C'est vrai que je suis parfois absente pour une longue période mais, quand je suis à la maison, je suis là tout le temps. Paradoxalement, c'est quand je chante en Belgique que mes enfants sont le plus surpris. Ils comprennent mal que je sois à la maison et que je parte pour aller travailler ! »

Cendrillon , à la Monnaie, les 27 et 29 décembre, www.lamonnaie.be