Ramon Lazkano, compositeur à cheval sur deux cultures

SERGE MARTIN

mardi 13 mars 2012, 10:13

Trois de ses oeuvres seront jouées à Bruxelles dans le cadre du festival des musiques contemporaines. Dont une création écrite pour le Quatuor Diotima. Un travail habité par l'idée du dépassement des frontières.

Né à San Sebastian, Ramon Lazkano a suivi un double parcours de formation chez lui, au Pays basque, et à Paris. Désormais, il partage son temps entre la capitale française et le Pays basque où il enseigne la composition au Centre supérieur de musique « Musikene ».

Repères

Egan I-IV ; Musiques Nouvelles, Dessy ; Flagey, mardi 13.

Lurraide ; Quatuor Diotima ; Marni, jeudi 15.

Mugarri ; ONB, Fischer ; PBA, jeudi 22.

Réservation : www.arsmusica.be

Cette double appartenance influence sa création. « Je parle plusieurs langues dont une, le basque, n'est pas une langue indo-européenne. Le décryptage de la réalité devient ainsi pour moi quelque chose de mobile qui peut prendre des allures très différentes. »

« Je suis donc sans cesse à la lisière de quelque chose : c'est pour cette raison que mes œuvres portent un nom basque. » Ainsi du cycle pour ensemble instrumental qui s'intitule Egan I-IV.

« En basque, ce mot signifie envol. Mon premier professeur me disait toujours que “composer, c'est être libre et voler de ses propres ailes”. En fait, dans chacune de ces quatre pièces, je prends mon envol pour trouver un chemin au-delà de ce que l'on croit déjà connaître. »

Mais attention, cette liberté revendiquée n'est pas anarchique. En composant un quatuor à cordes pour ses amis du Quatuor Diotima qui le créeront à Bruxelles, Lazkano veut d'abord rendre hommage à la pérennité de cette forme, une des plus sublimes de l'histoire de la musique. « La forme émerge de la partition comme la construction que crée dans l'espace le dessin d'un architecte. Elle définit ainsi son territoire qui, en basque, se dit lurraide. »

Son inspiration, Lazkano va aussi la chercher du côté des plasticiens, en particulier du sculpteur basque Jorge Orteisa qui travaille avec des matériaux incongrus, des déchets que l'on trouve sur une table : du fer-blanc, du liège, du carton.

« C'est par référence à son travail qu'une partie importante de mon œuvre s'inscrit dans ce que j'ai appelé le “Laboratoire des craies”. Comme les craies, les sons peuvent avoir une porosité qui permet de faire surgir des atmosphères inédites qui nous ouvrent les portes d'un rituel secret. La musique nous emmène hors frontières, celles que délimitent depuis 150 ans entre la France et l'Espagne des centaines de pierres qu'on appelle “mugarri”, comme ma grande pièce orchestrale. » Et nous voici revenu au point de départ, la référence à la frontière qu'il faut dépasser.