Toots Thielemans, le Belge

JEAN-CLAUDE VANTROYEN

samedi 28 avril 2012, 08:05

4/5 La Belgique a mis du temps à reconnaître en lui un vrai grand musicien, alors qu'il était depuis longtemps le musicien belge le plus connu dans le monde. Notre album photos

Toots Thielemans, le Belge

Avec Arno au concert Belgavox en 2009 Photo Alain Dewez

On célèbre ce dimanche les 90 ans de Toots Thielemans en grandes pompes. Il a été reçu par le roi Albert Ier et la reine Paola au palais de Laeken lundi dernier, où il a joué un petit morceau sur son harmonica. Une série de concerts sont programmés. Un livre, riche d'informations et de documents, lui est dédié. Bref, en Belgique, Toots est devenu une célébrité. On a envie d'ajouter deux adverbes : « aussi » et « enfin ». Car « notre » harmoniciste est depuis longtemps le musicien belge le plus connu dans le monde. Tandis que la Belgique a mis du temps à reconnaître en lui un vrai grand musicien.

Dixit Toots

« Je suis un Marollien afro-américain. »

Il a fallu qu'il joue du Brel, « Ne me quitte pas » par exemple, pour que tout à coup, on s'émeuve réellement chez nous de son talent. Avant, il était reconnu, oui. Pas adulé. D'ailleurs, ce n'est qu'en 2000 que Toots joue sur la scène de la Monnaie. « Il m' a fallu 80 ans pour faire le chemin entre les Marolles et la Monnaie », disait-il alors, un peu amer. Il est devenu baron en 2001. Et ce n'est qu'en 2011 qu'il obtient une rue à son nom, à Forest. « Aujourd'hui, précise-t-il, c'est oublié. » Et il ajoute, un peu fatigué par la conférence de presse de présentation du livre qui lui était consacré, le vendredi 20 avril, par les petites interviews, par les shootings des photographes : « C'est même de trop. C'est lourd, la célébrité. »

L'harmonica toujours à portée de la main

La Belgique, pourtant, il ne l'a jamais oubliée. Lui qui a acquis la nationalité américaine en 1957 est toujours revenu « chez lui », en Belgique. Il a épousé une Belge, Netty, en 1949. Après sa mort, il a épousé une deuxième Belge, Huguette, en 1980. Et aujourd'hui, le couple vit à La Hulpe, avec leurs trois chiens. Elle peint, elle expose à Waterloo pour le moment. Lui joue, l'harmonica toujours à portée de main. Il a sa collection de vieux disques. Mais aussi un iPad. Parfois un copain l'appelle. Quincy Jones le plus souvent, qui le réveille à 4 h du matin : les Américains oublient toujours le décalage horaire. « Parfois je lui joue quelque chose au téléphone », dit Toots.

Bien sûr, il a rencontré de nombreux Belges. Des musiciens et d'autres. Il a joué avec Philip Catherine, Frank Vaganée, Bruno Castellucci, Michel Herr, Bert Joris, Michel Hatzigeorgiou et ses potes d'Aka Moon, David Linx, Jeanfrançois Prins… Et des anciens comme Bobby Jaspar, René Thomas, Herman Sandy, Jacques Sels, Robert De Kers, Billy Desmedt… J'en oublie assurément beaucoup. Comme Machiavel, avec qui il a joué. Ou Arno, avec qui il a fait un fameux duel à l'harmonica. Sans compter des non musiciens, comme des Eddy Merckx ou son quasi homonyme Freddy Thielemans, le bourgmestre de Bruxelles. And many others, of course, comme dirait Toots qui, de temps en temps, adore faire un commentaire en anglais.

Notre feuilleton

1. Des Marolles à New York.

2. Le guitariste harmoniciste siffleur.

3. Les musiques de film.

4. Le Belge : notre album photos.

Dimanche : le Ketje du monde entier.

Source : « Toots 90 », de René Steenhorst et Peter De Backer, chez Borgerhoff & Lamberigts.

Le site de l'année des 90 ans de Toots.

Le site officiel de Toots Thielemans.

Le MySpace de Toots Thielemans.