Nicolas Achten, chanteur et luthiste

SERGE MARTIN

mercredi 02 mai 2012, 12:36

Entretien Nicholas Achten est en concert samedi prochain en l'église des Minimes.

Nicolas Achten, chanteur et luthiste

Le jeune musicien belge francophone de l’année 2011 est chanteur, luthiste et harpiste © DR

Nicholas Achten est chanteur, luthiste et harpiste. Sa démarche de musicien essaie de retrouver l'esprit créatif qui prévalait chez les interprètes de la Renaissance. Ce n'est donc pas pour rien qu'avec son ensemble Scherzi Musicali, il s'intéresse prioritairement à la musique italienne du XVIIe siècle.

Pratique

Au concert Eglise des Minimes, samedi 5. Réservation : 02 507 82 00 ou www.bozar.be

Au disque

Mazzochi « La Catena d'Adone « (Alpha)

Fiocco : Motets (Musique en Wallonie)

Ce travail hautement original lui a valu d'être élu Jeune Musicien de l'année 2011 par la section francophone de l'Union de la presse musicale belge. Par ailleurs, son prix lui donne droit à un concert à Bozar qui aura lieu samedi prochain en l'église des Minimes.

Quelles sont les bases de votre travail ?

Nous tenons à un certain nombre de principes : une basse continue active, une gestion des couleurs, l'art de la diminution et de l'ornementation, un lien étroit entre texte et musique. Et nous sommes donc naturellement intéressés par toute musique qui répond à ces caractéristiques.

Qu'est-ce que cette « Catone d'Adone » que vous venez d'enregistrer ?

Un opéra qui ne dit pas son nom car, à Rome en 1626, le genre est interdit. On organise donc une représentation privée chez Tronsarelli, le frère du cardinal qui a écrit le livret ! Un sujet très osé entre conviction, duperie et séduction. Les sous-entendus sont légion, mais on donne à l'histoire un sens allégorique qui sauve les apparences : Adonis symbolise le cœur du mortel qui a besoin du plaisir céleste ! Le « recitar cantando » (le récitatif chanté) permet d'exprimer toutes les émotions et d'engendrer un réel climat sensoriel.

Et les petits motets de Fiocco ?

On reste naturellement en Italie, même si ce compositeur a vécu à Bruxelles. Ce disque est un rêve de gosse. J'avais 12 ans quand je suis tombé sur ces partitions à la bibliothèque du Conservatoire de Bruxelles. J'ai ensuite chanté le Beatus vir avec un chœur d'enfants. Mais je rêvais de la monter comme elle doit l'être. C'est dire si l'offre d'un enregistrement de Musique en Wallonie est tombée à point nommé.

Vous avez un petit côté missionnaire ?

Je me sens l'ambassadeur d'un répertoire méconnu qui exige un type de travail original. Cette musique n'est pas du Händel qui, d'emblée, frappe haut et fort. Il faut au contraire l'apprivoiser : réfléchir, essayer et mettre les choses en place. Et ensuite vivre l'exécution comme un moment de création.

Y a-t-il des clés ?

Bien sûr, on sait comment les musiciens travaillaient à l'époque. Mais justement, c'est ce type de travail qu'il faut ressusciter. On est dans une époque de recherche où l'Antiquité, plus rêvée que réelle, était la référence suprême. L'improvisation jouait un rôle important : la partition ne finit pas l'œuvre. On n'y écrivait pas ce que l'on attendait de l'interprète car cette ornementation était justement sa zone de créativité. On est finalement dans une démarche assez proche du jazz.

Et le chanteur ?

On veut trop souvent le traiter comme un idiot. Ne dit-on pas « bête comme un ténor ! ». La musique baroque a contribué à changer les choses. Si vous voulez chanter Verdi ou Puccini, tout est prêt, vous n'avez qu'à chanter ce qui est écrit. Dans la musique ancienne, on n'étudie pas son rôle abstraitement, longtemps à l'avance. On vit dans la musique et les choses se mettent en place en temps réel. C'est une approche très artisanale de la musique.

Quel type de programme présenterez-vous aux Minimes ?

Un programme essentiellement romain avec des pages de Mazzochi, Landi et Rossi ainsi que ce formidable virtuose instrumental qu'était Kapsberger, un musicien d'une audace incroyable.