Un nouveau son pour le Reine Elisabeth

SERGE MARTIN

mercredi 02 mai 2012, 12:17

Le Concours Reine Elisabeth délaisse le Conservatoire pour s'installer à Flagey. Le Studio 4, une salle plus réverbérante qui permet aux violonistes de montrer leurs plus beaux atours. ● En cette 75e année du Concours, l'ouverture d'une Médiathèque bouleverse encore les habitudes.

Un nouveau son pour le Reine Elisabeth

À Flagey, le son analytique, réglé au scalpel, ne pardonne rien : erreurs et imprécisions n’en sont que plus cruelles© Alain Dewez

Lundi 15 heures, Flagey, Studio 4 : la grande table du jury est bien à mi-salle, ce dernier s'installe sous les applaudissements du public et Marlène de Wouters, dans une tenue très printanière, est là pour annoncer le programme des concurrents. L'institution du Concours Reine Elisabeth, décidément, est immuable et pourtant, un élément nouveau risque de bousculer les habitudes.

On attend beaucoup de cette nouvelle salle qui se substitue (temporairement ?) au Conservatoire, déclaré, selon le président du concours, le Comte Jean-Pierre de Launoit, non opérationnel par les deux directions des chaînes de radio-télévision. La salle, plus grande, permet en outre d'élargir le public de 300 personnes, ce qui n'est pas négligeable, de quoi accueillir les 500 jeunes invités par une grande banque à découvrir la musique. Le Studio 4 est aussi plus vaste et permet donc un passage plus fluide vers la Salle Henry Le Bœuf de l'épreuve finale. Il n'empêche qu'en fait d'acoustique, chacun joue son saint Thomas.

C'est un concurrent tchèque qui ouvre le feu. L'attaque du premier mouvement du concerto de Schumann par son accompagnateur désarçonne : le son du piano est riche, opulent et, pour tout dire, franchement envahissant. L'archet de Josef Spacek prend ensuite la parole et, d'emblée, le climat change : son lyrisme reste éloquent mais il trouve sa véritable place dans la résonance de la salle. Une impression que viendront confirmer toutes les prestations en solo (Sonate de Bach et Caprice de Paganini) des concurrents de la première après-midi.

La salle, plus réverbérante que celle du Conservatoire, offre une capacité d'analyse et de projection du son qui permet aux violonistes de montrer leurs plus beaux atours. Mais attention, ce son analytique, réglé au scalpel, ne pardonne rien : les erreurs et imprécisions n'en sont que plus cruelles. Clairement, le Studio 4 magnifie les belles prestations mais se montre impitoyable pour les écarts. Après tout, ne demande-t-on pas aux deux premiers tours d'être discriminants ?

Mais en cette année du 75e anniversaire, le Concours, ce n'est pas qu'un présent ; c'est aussi un passé riche en témoignages, parfois un peu oubliés. Et c'est là que l'ouverture d'une Médiathèque en ligne (accessible gratuitement mais non téléchargeable) bouleverse le paysage avec la mise à disposition d'une multitude d'archives, résultats d'un gigantesque travail de recherche et de valorisation entrepris, il y a dix ans, sous la direction de Nicolas Dernoncourt.

Une documentation qui n'aurait été possible sans le travail de numérisation et de conservation des archives de la RTBF entrepris par la société Sonuma. Une minute d'écoute de la prestation de Guidon Kremer suffit à expliquer quels immenses moments de musique recèlent ces trésors. Alors soyez curieux, oubliez de faire des réussites sur votre ordinateur et ruez-vous sur www.cmireb.be.

Et pour que l'image fixe complète l'image mobile, l'éditeur Versant Sud expose dans les locaux de Flagey et au PBA pour la finale quelques-unes de plus belles photos réalisées par Charles Klein et Sébastien Vellut pour le livre de Nicolas Blanmont, Concours Reine Elisabeth, scènes et coulisses.