Partie, « pour ne pas vivre seul(e) »

DIDIER STIERS

jeudi 03 mai 2012, 11:32

La chanteuse s'est donné la mort le 3 mai 1987. Adulée à la scène, Dalida ne vivait pas comme elle le voulait sa vie de femme. Un quart de siècle plus tard, le mythe est toujours bien entretenu.

Partie, « pour ne pas vivre seul(e) »

Mine de rien, l’interprète de « J’attendrai », « Mourir sur scène » et autre « Il venait d’avoir 18 ans » compte parmi les artistes ayant vendu le plus de disques de leur vivant… © Photo d&#

Quand on dit Dalida, on pense strass, plumes et paillettes. Ainsi que chansons qu'il faut passer dans les soirées de mariage sous peine de perdre sa licence de metteur d'ambiance. Bref, l'incarnation d'un certain kitsch musical, voué en toute logique au bazar des souvenirs appelés à s'éteindre peu à peu. Mais vingt-cinq ans après son suicide, Dalida n'est pas tout à fait morte. A l'instar d'un Claude François ou d'un Joe Dassin, ses fans ont fait d'elle une icône.

Petit précis dalidien

1. Pas de Dalida sans Orlando

On le sait, le frère cadet de la chanteuse, qui a piloté sa carrière dès 1970, a le sens des affaires et de la com' : sur le site officiel (où les news les plus récentes moisissent quand même depuis un an), on apprend ainsi que le boss d'Orlando Production Entertainment Inc. a été fait Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres. Par Frédéric Mitterrand.

2. Une icône gay

« Des filles aiment des filles et l'on voit des garçons épouser des garçons », chante-t-elle en 72 dans « Pour ne pas vivre seul ». Celle pour qui Pascal Sevran a écrit des textes fait définitivement partie de ces chanteuses qui font vibrer les homos. « Une vraie icône gay doit être inaccessible, une diva, nimbée d'une aura de déesse, avec du kitsch, un soupçon d'extravagance et elle doit en imposer », écrivait Sam Christophe dans La Meuse.

3. Chanson française ou variété ?

Sur l'obligatoire compile que nous sort Universal, on compte proportionnellement plus de chanteurs et chanteuses de variétés (Patrick Fiori, Dany Brillant…) que de grands poètes de la rime (Christophe, Stephan Eicher) voire de bêtes de scène rock (Arno). Celle qui soutint François Mitterrand lisait, dit-on, Teilhard de Chardin !

4. Quand on aime Cloclo, aime-t-on obligatoirement Dalida ?

« Who Caire ? », m'a répondu un camarade exégète de l'Almanach Vermot

Ils passent devant le 11 bis rue d'Orchampt à Montmartre comme d'autres croisent du côté de la rue de Verneuil à hauteur du 5 bis ou s'en vont ramasser des cailloux au Moulin de Dannemois.

Pendant ce temps, son frère, l'inénarrable Orlando, entretient consciencieusement sa légende. Celle d'une chanteuse que l'on disait généreuse avec ses proches. Une chanteuse du peuple qui aimait les intellectuels. Et à qui le destin, décidément aveugle, a claqué au nez les portes du cinéma alors qu'elles devaient peut-être s'ouvrir définitivement : Dalida venait juste de jouer dans Le sixième jour de Youssef Chahine.

Née le 17 janvier 1933 au Caire, Iolanda Cristina Gigliotti est découverte parmi les « Numéros 1 de demain » à l'Olympia en 1956. Les premiers pas dans une carrière de trente ans, inaugurée la même année par le succès de « Bambino » (sa troisième chanson à peine après « La violetta » et « Madonna »). Une longévité que son frère gardien du temple explique par un mélange de charisme, de gestuelle scénique inimitable et de timbre de voix unique.

Longévité ? Post-mortem ! Chaque anniversaire est l'occasion de solliciter le porte-monnaie du fan, à coups d'inédits et de compilations diverses qui rejoindront les quelque 123 millions de disques déjà vendus. A l'occasion des 25 ans de sa disparition, Universal commercialise ainsi un triple DVD (concerts à l'Olympia en 71, à Québec en 75 et à Prague en 77) et un double album sur lequel figurent aussi ceux qui l'ont chantée, comme Christophe Willem, Lara Fabian ou Hélène Ségara.

A la scène, Dalida collectionne les Disques d'Or et les ovations. A la ville, Iolanda ne trouve pas ce dont elle rêve. D'où ce mot qu'elle laisse derrière elle : « Pardonnez-moi, la vie m'est insupportable. » Il y a là matière à film, se dit-on en pensant au Cloclo tout frais de Florent Emilio Siri. Il ne devrait tarder : voilà quelques mois que Lisa Azuelos travaille, semble-t-il, sur un tel projet. Pour l'écriture du scénario, la réalisatrice de LOL et de Comme t'y es belle ! collabore, qui l'eût cru, avec Orlando !

Sur le site web officiel, il est précisé : « Il s'agit d'un bioptic (sic) sur la vie chaotique et la carrière de l'immense chanteuse. » Dont le rôle sera joué par Nadia Farès (Les rivières pourpres, L'ex-femme de ma vie…).

En attendant, c'est devant leur poste de télévision que ces foules qu'elle fascine toujours se retrouveront. Vendredi, France 3 propose Dalida, 25 ans déjà, une émission présentée par Daniela Lumbroso au cours de laquelle seront montrées des images inédites. Retrouvées par… l'incontournable boss d'Orlando Production Entertainment Inc. Les mythes, c'est aussi bon pour les affaires.

« Dalida 25 ans déjà », vendredi 4 mai, France 3, 20 h 35, 145 min.