Reine Elisabeth : Nikki Chooi, le métier accompli

SERGE MARTIN

mercredi 23 mai 2012, 23:58

La finale violon Nikki Chooi (Canada, 23 ans) est un violoniste accompli. A 23 ans, il a déjà un palmarès prestigieux et l’on comprend que ce virtuose avisé fasse la loi dans les concours.

Reine Elisabeth : Nikki Chooi, le métier accompli

Nikki Chooi, © Belga

Chooi peut aussi être un merveilleux créateur d’atmosphère comme le montre son Ravel. Léger, insaisissable, son « allegretto » semble chevaucher des nuages. La liberté décontractée du « blues » se joue des ruptures de rythmes et d’intensités et le « perpetuum mobile « d’une vélocité désarmante dégage une impression de virtuosité funambulesque.

Ce sera sans doute le meilleur moment d’une prestation qui, à force d’être impeccable devient un peu lassante. Visiblement les embûches de l’imposé ne l’inquiètent guère : elles ne l’inspirent pas pour autant tant cette lecture claire et précise reste à la surface des choses. On est là à cent lieux de l’implication farouche de Marc Bouchkov qui, en première partie, avait osé faire un sort à cette page, jugée passive jusqu’ici.

Quant au concerto de Tchaïkovski, il nous montre les qualités et les limites de ce bel instrumentiste. Il crée dans l’« allegro moderato » une réelle intimité avec une tendresse, une chaleur qui réconforte tout en laissant ensuite la place à une ardeur contenue qui autorise les grands élans. La « canzonetta » est radieuse et chante avec une belle plasticité et le finale est enlevé dans un mélange d’élégance et de fermeté qui séduit. Tout cela est beau, confortable, convivial mais univoquement consensuel. On apprécie le bel ouvrage mais on oublie d’être émerveillé.

La soirée reste décidément en deçà des fortes émotions de mardi soir. Comme quoi le ramage n’est pas toujours à l’égal du plumage.