Reine Elisabeth : Andrey Baranov, la puissance et la gloire

SERGE MARTIN

jeudi 24 mai 2012, 22:03

Avec la seconde sonate de Prokofiev d'Andrey Baranov (Russie, 26 ans), nous retrouvons la grande tradition russe qui privilégie un lyrisme assumé, parfois teinté de mélancolie.

Reine Elisabeth : Andrey Baranov, la puissance et la gloire

©Pierre-Yves Thienpont – Le Soir

Le « presto « se fait plus ardent que primesautier et l' » andante « récupère toute sa puissance expressive. Le contraste n'en est que plus saisissant avec l'alacrité du finale aux allures de danse populaire.

Le candidat russe a beaucoup mûri depuis son passage au Concours il y a trois ans et a travaillé avec Pierre Amoyal dont il est devenu l'assistant à Lausanne. C'est désormais un musicien solide dont la technique aguerrie se met au service d'une pensée très construite. On s'en rend compte dans l'imposé qui cesse d'être un catalogue de difficultés maîtrisées pour devenir un discours fort et articulé mû par une rhétorique de l'effort qui dompte l'orchestre plus qu'elle ne s'y intègre.

D'un tel gabarit, on attendait bien sûr une lecture dense et tragique du ler concerto de Chostakovitch. Dès la complainte du « Nocturne «, on a compris qu'on ne sera pas déçu. La douleur sous-tend le propos : un chant poignant s'élève, intense, immense. Un scherzo ravageur et grimaçant, une passacaille d'une prenante désolation semble s'ouvrir vers les grands espaces dans un crescendo d'une force insoutenable qui débouche sur une cadence d'une maîtrise admirable et d'un engagement effréné. On s'engouffre alors avec frénésie dans la cavalcade de masques du « Burlesque « final. Un très grand moment de musique soutenu avec une rage de conviction par l'ONB. C'est jusqu'ici le plus grand moment de bonheur de cette finale.