Reine Elisabeth : Kim Dami, une propreté inutilement neutre

SERGE MARTIN

vendredi 25 mai 2012, 00:00

Pas évident de se présenter à un concours avec une partition aussi austère que cette 2 e sonate de Bartók. Kim Dami (Corée, 23 ans) y décèle très justement les mélismes d'inspiration populaire qui alimentent le « Molto Moderato ».

Reine Elisabeth : Kim Dami, une propreté inutilement neutre

©Pierre-Yves Thienpont - Le Soir

Musique de la rareté où le son le plus ténu devient révélateur et dont la candidate dose les effets avec une précision millimétrée pour ensuite laisser s'épanouir un lyrisme meurtri. A cette méditation distante succède un « allegretto » très rythmique dont les ostinatos saccadés, les déhanchements bousculés créent un indéniable sentiment d'insécurité que la violoniste coréenne entretient sans jamais charger l'expression mais qu'elle clôt par un beau moment de sérénité abstraite.

Elle nous donne la lecture très analytique de l'imposé qu'on attendait d'elle. Avec un souci de lisser les difficultés accumulées dans un long continuum sur lequel peuvent se greffer avec pertinence les interventions solistes de l'orchestre.

Les mêmes recettes nous valent un Paganini enlevé, précis (sauf à la fin où la fatigue se fait sentir). La démonstration est indéniable mais elle demeure un peu trop un but en soi. La mélodie chante mais oublie de séduire. On regrette que la concurrente n'offre pas à cette musique ce sourire, cet humour ou ces couleurs dont Tatsuki s'était montré prodigue mardi soir.

On se dit alors que, en dépit d'indéniables qualités, cette finaliste n'arrive pas à se départir d'une certaine froideur qui l'amène à ne pas aller au fond des choses. Le résultat est net, propre et cohérent : on aimerait qu'il ose le plaisir.