Andrey Baranov remporte le Reine Elisabeth

Rédaction en ligne

dimanche 27 mai 2012, 01:18

Le Russe Andrey Baranov a remporté le Concours Reine Elisabeth 2012 consacré au violon. "Un palmarès exemplaire" : le commentaire de Serge Martin

Le palmarès d'un concours est toujours une chose injuste, particulièrement quand six Prix sont accordés sur douze finalistes et chacun sait que l'on aurait autrefois trouvé parmi ces non classés Arturo Benedetti Michelangeli, François-René Duchable ou Mitsuko Ushioda! Et c'est particulièrement vrai pour cette année où le niveau moyen des finalistes était particulièrement élevé par fois sur le plan technique, parfois au niveau expressif. C'est dire combien figurer parmi les six lauréats de tête est cette année une performance. Le niveau était très élevé mais il n'empêche que, pour beaucoup, un trio de tête était indéniable. Et de plus dans l'ordre annoncé.

La maturité et l'intense musicalité d'Andrey Baranov est incontournable : son concerto de Chostakovitch restera un monument de l'histoire du Concours. L'élégance, l'aisance et la classe de Narita Tatsuki est incontestable et son Paganini nous a démontré que ce concerto pouvait être quelque chose d'autre qu'une brillante démonstration technique. Quant à Shin Hyun Su, sa prestation était celle d'une grande dame de la musique, tout en prestance et en implication. Soyons francs : ce trio de tête, et dans cet ordre, correspondait à notre sentiment tel qu'on put le déceler les lecteurs du « Soir ».

Parmi les trois autres lauréats, Esther Yoo et Tseng Yu-Chien ont délivré à 19 ans ce samedi soir deux prestations d'une grande maturité musicale : elles leur valaient d'être classés comme ils le sont. Le cas de Shishkov et de Nancy Zhou est plus délicat. Le premier nous a livré une prestation qui cumulait l'excellent et le moins bon mais qui impressionnait par une intense personnalité musicale plus chambriste que d'autres mais incroyablement sincère. Nancy Zhou impressionne par ce que nous avons appeler son « autorité souveraine ». On aurait juste voulu que cet admirable artiste s'autorise quelques instants d'abandon. Leur absence lui a peut-être coûté son classement.

Revenons enfin un moment sur la prestation de notre compatriote Marc Bouchkhov : ce musicien ténébreux est encore parfois un chien fou mais il existe et diaboliquement. Son imposé a sans doute été un des plus beaux de ces finales. Un feu sacré brûle en lui et il nous réserve de grands moments quand il aura totalement modéré la force de ses impulsions.

SERGE MARTIN

La critique de Serge Martin : Andrey Baranov, la puissance et la gloire