Alain Chamfort, le chanteur de ces jeunes dames

THIERRY COLJON

mercredi 06 juin 2012, 11:50

Entretien Pour exister, Alain Chamfort a accepté d'enregistrer « Elles & lui », un disque de duos sur ses anciens tubes. L'artiste nous en parle sans détours avec honnêteté et dérision.

Alain Chamfort, le chanteur de ces jeunes dames

: DR

Sort enfin ce disque dont Alain Chamfort nous avait déjà parlé à la sortie de son disque-livre sur Yves Saint Laurent. Libre de tout contrat, il a accepté la proposition d'Universal de faire comme tant d'autres : un disque de duos sur ses tubes, intitulé Elles et lui. Très lucide, qualité n'excluant pas distanciation et dérision, Alain nous en parle avec une honnêteté qui l'honore.

Ce disque est-il celui de toutes les concessions ?

La seule manière pour moi de m'y retrouver, c'est de me dire qu'il s'agit de mes chansons. Après, ce sont des choses que je ne maîtrise pas, autant leur faire confiance. Chez Universal, ils ont une meilleure vision du marché que moi, même s'ils n'ont jusque-là jamais manifesté de l'intérêt à mon égard. Quand on m'a parlé d'un album de duos, je n'avais pas de projets très arrêtés à ce moment-là. J'ai donc rencontré les gens de Mercury qui étaient très enthousiastes et motivés. Ils avaient envie de redonner une seconde chance à ces chansons. Ils ne me voyaient pas chanter avec des hommes mais uniquement avec des femmes. Je me suis dit pourquoi pas. J'ai donc imaginé chanter avec Françoise Hardy, Birkin… On se connaît, c'était naturel. Ils ont dit non. Ça avait déjà été fait, il fallait aller vers un truc plus moderne et glamour. Je me suis laissé entraîner là-dedans. Je n'allais pas commencer à faire de la résistance pour imposer ce dont je n'étais en plus pas très convaincu.

Et donc ce fut plutôt une découverte de toutes ces jeunes chanteuses…

Je connaissais déjà Vanessa (Paradis). J'étais soucieux qu'elle accepte. C'était important pour moi qu'elle figure sur cet album. Keren Ann aussi, on s'était déjà croisés. C'est aussi une musicienne. je voulais qu'il y ait un équilibre entre les invitées. Avec des caractères différents. Que ce ne soit pas toutes les mêmes petites lolitas.

Les titres choisis sont tous très connus…

Oui, c'est une sorte de « best of ». On pense même en rajouter quelques-unes pour la fin de l'année.

Passons en revue les filles. Audrey Marnay, pour commencer, avec « Manureva »…

Cette chanson est un cas particulier car elle est très difficile à reprendre. Elle ne nécessite pas une grande voix, facilement reconnaissable. Cette chanson est plus un son, une ambiance. J'ai pensé à Kate Moss au départ puis tu vas où tu peux. Mais Audrey est charmante, c'est un mannequin français qui a une personnalité très originale, avec ses taches de rousseur. Elle n'avait jamais chanté. On s'était déjà croisés, ça facilite les choses…

Comment étaient les plus jeunes lors de cette rencontre. Camélia Jordana, par exemple, avec qui tu reprends « Bambou »…

D'habitude, pour eux, t'es déjà inscrit dans une espèce d'histoire. Mais celles qui viennent de la téléréalité, elles ont été confrontées très jeunes à des émissions où elles ont dû prendre sur elles. Camélia a son caractère, elle est très mature. Toutes, je trouve. Je les ai appelées par politesse. Camélia a dit tout de suite que c'était une chouette idée et la chanson que je pensais lui confier était justement celle à laquelle elle avait pensé. Elodie Frégé, c'est pareil. On s'était déjà croisés sur un plateau télé et on a une amie commune. Élodie, elle n'est pas légère. Elle a un côté fragile et tourmenté qui surprend, à l'opposé de son physique à la Hitchcock. Elle est décalée, un peu folle. Elle est vraiment à part. C'était bien qu'elle chante « L'ennemi dans la glace ». Alizée, j'avais aussi déjà fait un petit duo avec elle à la télévision. C'était aussi évident avec la tournure qu'a prise « Clara veut la lune ».

Et Claire Keim pour « Les beaux yeux de Laure » ?

Il manquait quelque chose d'un peu lumineux pour le disque et Claire a un truc à part. Elle est extrêmement sereine, très agréable. On sent que cette femme est heureuse, bien dans sa peau, pas compliquée. Elle est venue avec beaucoup de sympathie et de naturel.

Inna Modja chante « Souris puisque c'est grave »…

Elle, on continue à se voir puisqu'elle participe à la promotion du disque, sa chanson étant le premier single, pour lequel on a réalisé un clip. « Bambou » a été beaucoup diffusée en radio mais ce n'était pas le single officiel.

Qui est Capucine qui reprend « La fièvre dans le sang » ?

Je l'ai découverte par un copain qui tient un bar à Montpellier, le Café Joseph. Elle chante dans un groupe de reprises, Las Vegas Wedding. Je cherchais une voix musclée pour trancher avec les autres voix acidulées. C'était bien aussi d'avoir une inconnue par rapport à toutes celles sorties de la télévision qu'on retrouve sur le disque…

C'est vrai qu'il y en a cinq sur douze avec Jenifer, Elodie Frégé, Camélia Jordana et les deux qui reprennent « Palais royal » : Sarah Manesse et Marina d'Amico, d'X-Factor…

Il fallait trouver les personnes le plus en adéquation avec les chansons qui, au départ, n'étaient pas des duos. Le challenge était qu'on ne se pose plus la question en écoutant la chanson. Sarah et Marina n'ont pas gagné l'émission mais je les ai mises ensemble dans la même chanson, juste comme ça, pour changer.

Comment décliner ce disque sur scène ?

Le spectacle Yves Saint Laurent, on a réussi à le monter sept ou huit fois, en revoyant à la baisse nos ambitions. Mais le producteur n'a pas vraiment assuré pour le coup. C'est pour ça qu'on ne l'a pas joué en Belgique. Ici, je prévois une date le 30 janvier au Grand Rex. On aimerait qu'une bonne partie des chanteuses soit là. Sinon, je leur demanderai de se faire filmer pour des duos virtuels comme je l'avais fait dans la précédente tournée.

Tu sembles très détaché par rapport à ce projet de disques de duos ?

Je suis revenu de tellement de choses que je les laisse venir ou pas et puis je m'adapte. C'est un gros investissement pour Universal qui y croit, mais on ne peut jamais jurer de rien. On verra bien. T'es obligé de faire ça avec une certaine distanciation et la dérision nécessaire. Il n'est pas question de prendre au premier degré l'image de ce séducteur d'un certain âge avec toutes ces petites filles… Ce serait pervers. Même si elles ne me font pas sentir vieux, tellement elles sont à l'aise. Elles me tutoient tout de suite. À 22 ans, elles sont très affirmées dans leur rapport aux hommes. Ce qu'était Lio de façon très exceptionnelle il y a trente ans, c'est devenu presque la norme. Elles ont un avis sur n'importe quel sujet, le défendent, sûres d'elles… C'est générationnel.

D'autres projets enfin ?

Je suis en train de terminer une comédie musicale écrite par Pierre-Do Burgaud avec qui j'avais déjà fait l'Yves Saint Laurent. Le sujet part de la photo des ouvriers qu'on voyait déjeuner sur une poutre lors de la construction de l'Empire State Building. Ce sera pour septembre 2013 normalement.