Le diable argentin fou de musique

SERGE MARTIN

mercredi 06 juin 2012, 12:02

Entretien De ses nombreux disques à ses concerts avec le Choeur de Chambre de Namur, Alarcón fait la une de l'actualité baroque chez nous.

Le diable argentin fou de musique

Avec l’Ensemble Clematis, Leonardo Garciá Alarcón reprendra le programme instrumental de Romero, le « maestro capitan » liégeois © DR

Leonardo Garciá Alarcón est un musicien argentin pétillant d'intelligence et une véritable bombe musicale. Cet été, il sera l'invité d'honneur du Festival de Wallonie. Avec une thématique consacrée aux « Espagne », le choix s'imposait. Il ouvre le Festival samedi prochain à Namur avec des Carmina latina.

Pourquoi avez-vous choisi les « Carmina latina » ?

C'est un clin d'œil aux Carmina Burana de la tradition médiévale. Mais le mot important, c'est bien sûr carmina, qui signifie « les poèmes ». Latina se réfère au monde latin où l'Espagne joua un rôle capital sur le plan esthétique et je vais essayer de l'expliquer. Nous partirons d'un austère motet de Victoria pour terminer par une grandiose célébration au XVIIe siècle dans la cathédrale de Lima ! Les musiciens espagnols sont partout : à Naples et en Sicile et aux Amériques, mais aussi à Munich. Et les Belges, eux, viennent à Madrid ! Cette influence espagnole est parfois plus tolérante qu'on pourrait le croire. Le roi laisse entière liberté aux prêtres et musiciens qu'il envoie aux Amériques. Au point de rendre jaloux ceux qui sont restés en Espagne et qui restent confinés aux textes latins. Leur mission est d'éduquer les Indiens à la musique en leur apprenant à chanter dans les chœurs et à jouer de la musique instrumentale. Or il se fait que les Indiens avaient la musique dans le sang. Ils ont ainsi pu fournir les gros contingents d'interprètes pour les mirobolantes fêtes des vice-rois. Ces derniers avaient un pouvoir énorme. Imaginez que certains dirigeaient des territoires six fois plus grands que l'Espagne et qui, de plus, regorgeaient de richesses. Leurs moyens étaient donc considérables. N'oubliez pas que l'opéra La púrpura de la rosa est créé à Lima au XVIIe siècle ! La conséquence de tout cela est que la musique baroque est passée dans la musique populaire : l'Amérique latine est le seul endroit où, encore aujourd'hui, la musique baroque est encore vivante.

Comment les choses se sont- elles passées ?

Les gens se sont adaptés et ont gardé leurs traditions. Dans le flamenco, la guitare a remplacé le luth, mais ce chant des Arabes du sud de l'Espagne n'a pas changé : il a gardé son vibrato, ses ornements. En Amérique latine, la vihuela s'est implantée dans les missions. On en a construit de toutes les formes, y compris avec des carapaces d'animaux. Et les Paraguayiens sont les meilleurs harpistes baroques du monde. Cette musique est devenue la leur : pour eux, la frontière entre musiques savante et populaire n'existe pas. Ces musiciens sont aujourd'hui des traités vivants. L'intégration a aussi été facilitée par le fait que, contrairement à ce qui s'est passé aux Etats-Unis, les Espagnols se sont très vite mélangés à la population locale. Les Indiennes étaient des femmes superbes et ils n'ont pas résisté et ils ont défendu le droit des Indiens auprès du roi pour les sauver de l'esclavage. Et c'est ainsi qu'on a importé des noirs comme esclaves !

Quels seront les autres concerts ?

Avec Marianna Florès, je donnerai des conférences illustrées sur l'histoire de la mélodie espagnole, depuis les Cantigas de Santa Maria jusqu'à la musique d'aujourd'hui. Certaines de ces chansons sont restées des tubes en Amérique latine, notamment une chanson de Romero (votre Rosmarin liégeois) qui a composé bien d'autres choses que de la musique religieuse et qu'on dénomme là-bas « El maestro capitan » ! Nous reprendrons d'ailleurs aussi avec l'Ensemble Clematis le programme instrumental que nous consacrons à ce compositeur. Et nous donnerons aussi un programme consacré au tango.

Namur, cathédrale Saint-Aubain, samedi 9 juin. Réservations : 081-22.60.26.

Prochains concerts : Festival Musiqu3, Flagey (1 juillet à 19 et 20 heures), Stavelot (3 août), Liège(21 septembre), Louvain-la-Neuve (22 septembre), Mons (23 septembre).

Renseignements complets : brochure du festival et www.festivaldewallonie.be