Le bonheur et la jeunesse à 70 ans

THIERRY COLJON

lundi 18 juin 2012, 10:21

Sir Paul McCartney fête ses 70 ans ce lundi. Le chanteur anglais a tout pour être heureux. Que ce soit sur scène ou dans la gestion de son patrimoine musical, tout lui réussit. L'homme, doué pour le bonheur, est un modèle enviable.

Le bonheur et la jeunesse à 70 ans

Il fallait le voir, en mars dernier, sur la scène du Sportpaleis d'Anvers : un vrai gamin. Durant trois heures, il a aligné parmi les plus belles chansons du vingtième siècle – qu'il a écrites seul ou avec feu John Lennon – avec une pêche adolescente et un bonheur visible partagé par tout un public bluffé par une telle jouvence.

Ce qu’ils en savent

Mc Cartney, une idole transgénérationnelle ?

L'ex-Beatle a sans aucun doute traversé plusieurs générations. Pour autant, jeunes et moins jeunes ne le perçoivent pas de la même façon…

Arto, 10 ans. « Oui, je sais qui c'est, il jouait dans les Beatles. Je le connais parce que mes parents écoutent les Wings. Ce que je sais des Beatles ? Bof… »

Olivier, 30 ans. « Pour moi c'est la classe ultime ! Je suis allé le voir il y a un mois en concert et il a toujours la même pêche et la même carrure. Il est associé aux Beatles, forcément même si j'ai beaucoup aimé ce qu'il a fait en solo. Je l'ai connu grâce à Live and let die. »

Christophe, 42 ans. « J'ai surtout eu l'occasion de le voir en solo ou en duo, notamment celui avec Michael Jackson. Mise à part l'image des 4 garçons dans le vent, il n'évoque pas grand-chose. »

Luc, 50 ans. « Moi j'étais très peu Beatles. Et des personnages du groupe c'est celui que j'appréciais le moins… »

Dan Lacksman, 63 ans. « C'est toute ma jeunesse ! J'ai découvert les Beatles à 13 ans et ça a changé ma conception de la musique. J'ai appris la guitare grâce au solfège et à un cahier de partition des Beatles, et je suis devenu fan. C'est une référence musicale. Sa dernière tournée m'a encore mis une claque ! Il était plus que jamais en forme, ça se voit qu'il vit pour la musique. Dans chaque nouvel album, on trouve des choses exceptionnelles. Quand on analyse la structure de ses chansons, c'est génial ! Il est extrêmement talentueux. Chaque fois qu'il ressort ses archives, c'est un régal, on craque ! »

Anne-Marie, 72 ans. « Ca ne m'évoque pas grand-chose. Je sais qu'il faisait partie des Beatles, mais c'est à peu près tout. J'aimais bien la musique, mais je n'étais pas fan. »

Paul McCartney a-t-il un secret ? Comment est-il à ce point béni des dieux au point que tout lui réussisse (sinon un mariage sur trois) ? Voilà un gars qui a tout connu, tout vécu : la gloire dès le plus jeune âge au sein du plus important groupe pop du siècle. Après les folles sixties, il a survécu à la drogue et aux années 70, avec une carrière solo, avec ou sans Wings, qui a prouvé que, même sans son ami Lennon, il était capable du meilleur. Et depuis les années 80, Monsieur fait ce qu'il veut – même un oratorio moqué par le milieu classique – et remplit les plus grandes salles du monde sans jamais souffrir de la moindre désaffection du public. Il ne vend plus des millions d'exemplaires de ses nouveaux albums ? Il s'en fait une raison et alterne projets électros (The Firemen) et classiques, insensible à la critique. Du moins en apparence.

Car tout n'a pas toujours été rose chez celui dont la « babyface », avec ses fameuses joues roses de bébé, ne l'a jamais quitté. Quand il perd sa maman, morte d'un cancer quand il a 14 ans, il sait ce que John Lennon ressent quand ce dernier perdra également sa mère, dans un stupide accident de la route. Cela les rapprochera au point de former la plus fructueuse des paires d'auteurs-compositeurs.

Avec la maturité pourtant, dès 1967, le fossé qui sépare leurs caractères très différents, va l'opposer à John en qui l'humanité entière va voir le nouveau héraut de la paix dans le monde, le rebelle, le rockeur, le dur à cuir. Paul, avec ses bonnes joues et sa gentillesse naturelle, à mille lieues du cynisme de John, va longtemps en souffrir, à force d'être juste vu comme le brave compositeur de belles mélodies inoffensives.

Récemment encore, sur un album live, au plus grand dam de Yoko Ono, il révélera cette faille en imposant la signature de crédits McCartney-Lennon au lieu du traditionnel Lennon-McCartney. Enfantillage ? Peccadille ? Sans doute mais qui révèle le complexe que toute sa vie il nourrira face à son frère « ennemi », ce John qu'il a aimé plus que quiconque.

Aujourd'hui, les blessures se sont apaisées. Anobli par la reine, célébré de par le monde, heureux en ménage et comblé par sa fille Stella, sa plus grande fierté, Paul, sur scène, rend hommage tant à John qu'à George qui lui manquent tant. Survivant à la légende, il ne gère pas moins son patrimoine de main de maître, rééditant sous son propre label tous ses disques des années 70 et surveillant, avec Ringo et les héritiers de John et George, la gestion très rentable de l'image et du catalogue des Beatles.

Au Royaume-Uni, il est le patron. Un des hommes les plus riches du pays. Un redoutable homme d'affaires. Un amateur d'art. Et en même temps un homme affable, véritablement cool, adorable dans ses contacts humains, presque normal. Un peu comme Adamo chez nous. C'est cette « normalité » qui l'a sauvé des pièges de la célébrité et de la richesse. Paul a gardé la flamme de l'enfance en lui. Il est resté un passionné, heureux de pouvoir partager avec des milliards de gens dans le monde ces chansons qu'il ne se lassera jamais de chanter. C'est sa fierté et son bonheur éternels.

Ses citations célèbres

« Je ressemblais définitivement à John. On lui ressemblait tous. C'était le plus âgé, il était le leader. C'était le plus vif et le plus malin. »

« Quelqu'un me dit : Mais les Beatles étaient anti-matérialiste. C'est un mythe énorme. John et moi étions assis et on se disait : Allez, on en écrit une pour se payer la piscine. »

« J'ai toujours pensé que mon répertoire avec les Wings était de moins bonne qualité. Mais j'ai commencé à rencontrer des mômes, pas ceux de la génération Beatles, qui adorent vraiment ces chansons. »

« Avant, je me disais que quelqu'un qui faisait quelque chose de bizarre était bizarre. J'ai réalisé soudainement que c'étaient ceux qui trouvaient cela bizarre qui l'étaient. »

« D'où je viens, on ne parle pas d'argent, c'est du domaine privé. Mon père n'a jamais dit à ma mère combien il gagnait. Je ne vais pas m'y mettre mais ça va. »

« Une fois, j'ai dîné avec Lady Di. Au cours du repas, elle m'a confié le nom de son artiste de jazz favori. Je m'attendais à John Coltrane ou Miles Davis… Billy Joel. Amusant, non ? »

« Les drogues ont coloré nos perceptions et nous nous sommes rendu compte qu'elles coloraient tout. »