Décès de la pianiste française Brigitte Engerer

Rédaction en ligne

samedi 23 juin 2012, 19:58

La pianiste Brigitte Engerer, disparue samedi à l’âge de 59 ans après une brillante carrière internationale, était une femme de coeur et de passion, habitée par la musique française mais aussi par le répertoire russe.

Décédée des suites d’une longue maladie, Brigitte Engerer a donné son dernier concert le 12 juin au Théâtre des Champs-Elysées à Paris, aux côtés de l’Orchestre de Chambre de Paris avec lequel elle a interprété le concerto de Schumann. « Ce soir-là, jamais un piano n’a autant chanté », a commenté le violoncelliste Henri Demarquette, ami et compagnon de travail de Brigitte Engerer. Pour lui, « elle était parvenue à une complétude totale d’artiste et ne jouait pas une note qui ne soit de l’amour ».

Cinquante ans auparavant, à l’âge de neuf ans, la pianiste donnait son premier concert dans cette salle.

Eprise du répertoire romantique, Brigitte Engerer était une virtuose formée à l’école russe. Elle avait quitté Paris à l’âge de 17 ans, pour étudier en URSS, à l’invitation du Conservatoire de Moscou. « Une partie d’elle-même est devenue russe à jamais », selon son agent Hervé Corre de Valmalète.

Pour Stanislas Neuhaus, l’un des plus grands pédagogues russes qui a été son professeur pendant cinq ans, Brigitte Engerer était « l’une des pianistes les plus brillantes et les plus originales de sa génération ». « Son jeu se caractérise par son sens artistique, son esprit romantique, son ampleur, la perfection de sa technique, ainsi que par une science innée d’établir le contact avec l’auditoire », disait-il.

« Je fonctionne au désir. Sans cela, je ne peux rien faire », affirmait pour sa part Brigitte Engerer.

Pour Hervé Corre de Valmalète, cette artiste était « la plus internationale des pianistes françaises ». Elle a joué avec les plus grands comme Herbert von Karajan qui l’invite, alors qu’elle a seulement 25 ans, à se produire avec l’Orchestre Philharmonique de Berlin puis à participer aux fêtes du centenaire de l’orchestre. Elle fera ensuite ses débuts avec l’Orchestre de Paris sous la baguette de Daniel Barenboim. Elle jouera aussi avec l’Orchestre Philharmonique de New York sous la direction de Zubin Mehta.

La musique de chambre occupe une place de choix dans sa carrière. « J’aime me fondre dans le son et les couleurs de l’autre pour ensuite les nourrir des miens », assurait-elle.

Brigitte Engerer aimait jouer avec ses amis de toujours comme le pianiste russe Boris Berezowski, Michel Beroff, l’altiste Gérard Caussé, Olivier Demarquette. Le festival de piano de La Roque d’Anthéron n’a pas connu une édition sans elle. Pour le directeur du festival René Martin, son ami, la pianiste « était une artiste rare qui ne trichait jamais ». « Elle n’essayait pas de séduire, elle était toujours dans la vérité », a-t-il confié après son décès.

Née le 27 octobre 1952 à Tunis, Brigitte Engerer enseignait au Conservatoire national supérieur de Paris depuis 1994. Selon son entourage, elle était profondément généreuse, « à l’écoute des autres, des jeunes, des autres talents dont elle s’imprégnait ». Très cultivée, passionnée de littérature, tout particulièrement russe, la pianiste parlait plusieurs langues étrangères. Elle a été mariée à l’écrivain Yann Quéffelec et avait une fille de 27 ans et un fils de 18 ans.

Chevalier de l’Ordre National de la Légion d’Honneur, Commandeur de l’ordre National du Mérite, Commandeur de l’Ordre National des Arts et Lettres, elle a reçu en 2011 la Victoire d’Honneur pour l’ensemble de sa carrière, par les Victoires de la Musique Classique.

(AFP)