Où sont passés les tubes de l'été ?

JULIE HUON

lundi 09 juillet 2012, 09:55

TF1 et M6 se sont livré une guerre sans merci pendant dix ans. Des tubes à sonorité latino, accompagnés de clips diffusés en boucle sur les chaînes, mettaient le feu au camping. La crise de l'industrie du disque est notamment responsable de leur disparition.

Où sont passés les tubes de l'été ?

Brasilia Carnaval », 1975. « Vamos a la playa », 1983. « La Lambada », 1989. « Soca Dance », 1990. « La Macarena », 1996. « Yakalelo », 1998. Et après ? Où sont passés les tubes de l'été ?

Le tube version 2012

Vidéo alternative

Ce ne sont plus les télés qui boostent les clips, ce sont les internautes. Et le tube, aujourd'hui, c'est le buzz qui le fait. Depuis plusieurs semaines, un morceau est repris, remixé, parodié, lipdubbé à l'infini. C'est « Call Me Maybe » de la Canadienne Carly Rae Jepsen. Une vidéo alternative par Big Time Rush, Ashley Tisdale, Justin Bieber, et Selena Gomez a été visionnée plus de 36 millions de fois, bien plus que l'originale. Katy Perry en a fait un clip elle aussi mais le remake où Barack Obama « chante » véritablement les paroles est déjà un standard.

D'accord, on a eu des saisons chaudes rythmées par le torride « Crazy », l'horripilant Ça m'énerve, le « Waka waka » de Shakira pour la Coupe du monde 2010, quelques David Guetta et deux ou trois Gipsy Kings, mais le vrai bon tube de l'été, celui dont on nous bombardait d'extraits avant les pubs sur TF1, qu'est-ce qu'il est devenu ?

Ce n'était pas qu'une chanson. C'était la plus habile des techniques de marketing goupillée par les maisons de disques et les chaînes de télé. Un but : vendre du single. C'est TF1 la première qui, en 1989, réalise un coup de maître avec « La Lambada ». Derrière cette machine de guerre, Sony France et Orangina. Bingo : le single s'envole à 1.735.000 exemplaires. Plus aucun tube estival ne grimpera jusque-là.

N'empêche, dès l'été 1990, TF1 se trouve un nouvel hameçon, « Soca Dance ». Même topo : une mélodie latino + des images de filles sur la plage + une chorégraphie pas compliquée + une télé + une maison de disques. Quand, en 1996, M6 se met à programmer en boucle « La Macarena », chaque été devient un véritable duel au soleil entre les deux dinosaures… Et puis un jour, plus rien. Mécanisme enrayé.

Plusieurs explications sont avancées. L'un d'elles : cette décision du Conseil supérieur de l'Audiovisuel français, en 1999, de fixer la durée minimale de diffusion des clips à 1 minute 30. Les extraits que diffusaient TF1 n'excédaient pas 30 secondes. Impossible dès lors d'en bombarder les écrans toutes les heures.

Deuxième hypothèse : la crise de l'industrie musicale. « Le concept du tube de l'été est un modèle économique qui ne fonctionne plus tout simplement parce que les disques se vendent moins, explique Thomas Simonis, Music Manager de Bel RTL. Il n'y a plus beaucoup d'intérêt pour les marques de s'associer à une chaîne de télévision ou des médias traditionnels, d'autant que diffuser un clip coûte énormément d'argent. Plus aucune chaîne généraliste ne le fait, il n'y a plus d'Ultratop ou d'émissions de ce type. Où regarde-t-on les clips aujourd'hui ? Sur YouTube. Les Belges découvrent un morceau quand il a déjà 30 millions de vues. C'est la mondialisation de l'industrie musicale ».

Les majors se freinent dès le début des années 2000. Miser des centaines de milliers d'euros pour faire entrer une chanson dans toutes les têtes via télés et radios devient un pari risqué. Et puis à quoi bon ? Depuis l'explosion du téléchargement (légal et illégal), le single est en voie de disparition. En 2002, le tube de l'été Asereje de Las Ketchup s'était vendu à… 1.750.000 exemplaires. Dans le top des ventes de singles en France en 2010, on trouve : 1. « Mignon Mignon », René la taupe (107.000), 2. « Waka Waka (This Time For Africa) », Shakira (90.100), 3. « Baby », Justin Bieber (64.500), 4. « Alors On Danse », Stromae (63.700). Peut mieux faire.

Pour le Music Manager de Bel RTL, des tubes de l'été, « il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Ils ne sont juste plus identifiés par rapport à une chaîne. “I gotta feeling”, au départ morceau assez pointu, est devenu un tube de l'été à force d'être balancé dans les campings. Cela dit, on peut encore starter un morceau en radio, mais ça, on le fait toute l'année. Pourquoi ça frappe plus l'été ? Parce que la chanson se mêle à des souvenirs de plage, de club, de camping. Mais surtout parce ce que c'est une saison où sortent moins d'albums. Du coup, les mêmes morceaux restent plus longtemps en playlist sur les radios ».

Ce qui n'empêche pas les maisons de disques de tenter leur chance. « Là, Universal nous a refilé “Mas Que Nada” qui aurait bien le profil d'un tube de l'été mais qui ne l'est pas encore, loin de là, analyse Thomas Simonis. En revanche, “Ma direction” de Sexion d'Assaut marche encore très fort cette saison et, plus étonnant, certains découvrent seulement “Somebody that I used to know” de Gotye qui tourne depuis si longtemps. Il est vrai que ce morceau a des sonorités d'été ». Et un bon gros parfum de tube.