Mozart, une icône si moderne
AGNES GORISSEN
jeudi 12 juillet 2012, 09:44
Plus de deux siècles après sa mort, Mozart reste omniprésent. Ce n'est pas un hasard : à travers des extraits de films, des pubs, des clips, « Mozart superstar » montre combien il est contemporain. A l'image de bien des stars de notre époque.
Réseaux sociaux, figurines, T-shirts, pubs, sans oublier fictions, concerts et CD : Mozart est partout, aujourdhui encore Et ce nest pas un hasard : sa vie et sa personnalité en font un personnage étonnamment contemporain
Mozart ? On a l'impression qu'on a déjà tout vu et tout lu à son sujet : le jeune prodige qui compose dès l'âge de 6 ans, l'encombrante présence du père, les voyages, le mariage avec Constance Weber, la gloire, la maladie, les dettes et finalement la fosse commune pour dernière demeure.
Son génie musical continue à en faire, plus de deux siècles après sa mort, le compositeur préféré à travers le monde, trustant les classements de musique classique. Et si on le prend en chiffres, ça donne 626 uvres, plus de 200 heures de musique, 12.000 biographies, 100 millions d'exemplaires de l'intégrale de son uvre vendus à travers le monde ! Un familier, quoi.
Et pourtant
Le documentaire que propose Arte ce soir, en ouverture de sa soirée Mozart, réussit à surprendre. Sur la forme, d'abord. Il mêle des extraits de fictions (comme le film Amadeus, de Milos Forman), des publicités (on n'imagine pas combien sa musique a inspiré les créatifs), des concerts, une comédie musicale (Mozart, l'opéra rock) et des clips. Sans oublier un habillage à base de néon, qui éclaire le compositeur d'un jour très contemporain.
Car sur le fond, Mozart superstar a pris le parti de proposer un portrait très particulier de l'artiste, en montrant combien sa personnalité et sa vie sont modernes, combien il ne déparerait pas parmi les stars de notre époque.
Tel Gainsbourg ou Morrison
Au gré des interventions de diverses personnalités, comme l'écrivain Philippe Sollers (qui lui a consacré une biographie chez Flammarion en 2001, Mystérieux Mozart) ou la soprano Patricia Petibon (que l'on retrouvera plus tard dans la soirée dans Les Noces de Figaro), on évoque le génie qui a su écouter ses précurseurs, en absorber le meilleur, pour proposer une synthèse à laquelle il a ajouté sa propre créativité, souvent en avance sur son temps par son côté touche-à-tout ce qui n'est pas sans rappeler, toutes proportions gardées, un Michael Jackson ou une Madonna.
Comme un Serge Gainsbourg, il a su faire oublier sa laideur par une personnalité riche, parfois fantasque, et une intelligence hors normes qui en ont fait un redoutable séducteur.
Jusque dans la fin de sa vie, misérable (pas seulement financièrement), survenue trop tôt, il partage des traits avec des icônes du XXe et du XXIe siècles, de Jim Morrison, le leader des Doors, à Kurt Cobain, le chanteur de Nirvana, et peut-être même Amy Winehouse.
On ne pouvait rêver meilleure entrée en matière pour la suite de la soirée : la retransmission en direct, depuis le Théâtre de l'archevêché à Aix-en-Provence (où a lieu le festival d'art lyrique), des Noces de Figaro. Un opéra-bouffe né de la collaboration avec le librettiste Lorenzo da Ponte, qui réussit à convaincre l'empereur Joseph II d'autoriser cette création alors qu'il avait fait interdire la pièce de théâtre qui l'a inspirée, Le Mariage de Figaro, de Beaumarchais, jugée trop subversive. Impertinence toujours
Mozart superstar , Arte, 20 h 35 (et vendredi, 21 h 05, sur la Trois). Les Noces de Figaro , Arte, 21 h 30.