« De Caelis » ressuscite le Moyen Âge

SERGE MARTIN

mardi 24 juillet 2012, 10:59

Créé par Laurence Brisset, cet ensemble français et féminin interprète le répertoire médiéval a cappella. De Caelis est apprécié du public et des spécialistes pour l'originalité et la qualité de ses interprétations

« De Caelis » ressuscite le Moyen Âge

Il y a déjà 18 ans que Laurence Brisset a fondé cet ensemble de voix de femmes voué à la musique du Moyen Âge. Pourquoi l'avoir dénommé « De Caelis » ? « Comme un clin d'œil complice au traité d'Aristote De Caelo et mundo (Du ciel et du monde) qui demeure un des ouvrages de référence du Moyen Âge, nous explique-t-elle. Mais au-delà, nous voulons aussi faire allusion à la notion de l'air qui est à la base du chant et à la notion des cieux chrétiens. »

Interpréter la musique du Moyen Âge ne va pas de soi. Fondamentalement, on distingue deux périodes : celle où la notation est encore très sommaire et où il faut interpréter les références pour offrir une proposition et une autre période où la notation devient beaucoup plus précise mais où l'esprit même de la musique implique une certaine dose d'originalité.

« Dans le premier type de répertoire, explique Laurence Brisset, nous devons apprendre à interpréter d'une manière assez rigide des normes très générales qui doivent être interprétées pour l'exécution. Dans le second, nous nous devons d'interpréter l'œuvre au-delà de son écriture, ce qui fait que nous sommes toujours dans une situation de création par rapport à la musique que nous interprétons. On peut dire que, dans le répertoire de la fin du Moyen Âge, 60 à 70 % de l'écriture est fixée. Au-delà, nos sommes dans la sphère de la subjectivité de l'interprète. »

Comment travaille un ensemble de musique du Moyen Âge ?

« Fondamentalement, notre approche implique une stratégie de fusion extrême entre les parties, vocales, ce qui exige un énorme travail sur la justesse, individuelle et collective qui n'est pas sans rappeler les liens existant entre les membres d'un quatuor à cordes. La justesse implique beaucoup de données au-delà de la seule hauteur des notes. On doit aussi être attentif à des choses comme les attaques, le poids des voyelles dans le texte ou à l'intensité du chant. »

La musique des sibylles

Lors de ses concerts belges, l'ensemble « De Caelis » se concentrera sur la musique des sibylles, d'étranges prophétesses dont l'activité s'est répandue tout au long du parcours méditerranéen.

« Leur origine remonte à la nuit des temps mais certaines sont plus connues dans la mesure où leurs oracles ont été utilisés par les Pères de l'Eglise, à commencer par saint Augustin. Une chose est certaine : l'objectif de ces textes nous parle du futur et de la vie éternelle. Le concile de Trente a interdit ces “références païennes”, mais elles n'en sont pas moins restées fort en vogue dans certaines régions comme la Catalogne, la Sardaigne ou à Majorque. »

Une soliste et un petit chœur

Sur le plan interprétatif, ces musiques sont basées sur une voix soliste complétée par un refrain entonné par un petit chœur « a capella » : c'est la voix de l'assemblée qui propose un reflet aux prédictions de la sibylle.

« Mais cette musique a aussi exercé une grande influence sur des compositeurs ultérieurs. Si lors du concert de Bruxelles qui est plus court, nous contenterons de chants traditionnels, à Liège, nous y ajouterons une œuvre du compositeur catalan Bartolomeu Cárceres, des madrigaux villanesques de Guerrero et une page contemporaine composée par Philippe Hersant d'après un texte de saint Augustin. »

La musique du Moyen Âge est un univers en soi qui couvre près de cinq siècles de musique, soit à peu près autant qu'entre la fin de cette période et la nôtre. Ce répertoire a connu de profondes évolutions et son interprétation se doit de dépasser le simple rendu textuel.

« Il faut faire vivre ce répertoire immense et son rendu sonore dépend de l'utilisation que l'on fait de l'espace du lieu d'exécution. Clairement, une vraie interprétation doit dépasser le prédéterminé de l'écriture. Cette musique n'est pas neutre : elle tire sa substance de la résonance du lieu d'exécution. La justesse du chant peut alors révéler des richesses harmoniques entre les voix. Ce n'est qu'en osant cette subjectivité que l'on rend justice à la magie de cette musique. »

Midis-Minimes, Conservatoire, mardi 24 à 12h10 ;

Maca-Minimes, Wavre, jeudi 26 à 12h10

FdW, Liège, collégiale Saint-Barthélemy, mercredi 12 septembre