« Ma musique appartient aux membres du groupe »

JEAN-CLAUDE VANTROYEN

mercredi 25 juillet 2012, 10:11

ENTRETIEN

Eric Fusillier est un contrebassiste discret. Il a joué avec Alain Cuppert, avec Jean-Luc Pappi dans Jojoba, dans le Stéphane Salkin Trio, dans Jazz Kitchen. Mais à 50 ans, on ne le connaît que peu. « Je ne suis pas expansif, c’est vrai, avoue-t-il. Mais je ne recherche pas nécessairement la discrétion. Je l’assume, c’est tout. » L’Eric Fusillier Jazz Quartet joue le samedi 4 août à Gouvy. Avec Joe Higham au sax, Jacques Pirotton à la guitare et Antoine Cirri à la batterie.

Les contrebassistes restent souvent des sidemen. Vous formez ici votre propre groupe.

Des contrebassistes assument souvent de rester sidemen et ne montent pas leurs propres projets. Moi j’ai eu l’idée de faire un groupe. J’avais coanimé Jojoba avec Jean-Luc Pappi, ça a débouché sur deux albums, avec certaines de mes compositions. Quand on est dans un groupe, il faut créer un répertoire, le faire vivre, le gérer. Je me suis investi dans Jojoba. Mais après, je me suis dit qu’il serait bien de créer une formule où j’actionnerais les musiciens. C’est le groupe de Gouvy.

Normalement, c’est Victor Da Costa qui joue de la guitare avec vous.

Oui. Mais il est au Brésil. Alors j’ai demandé à Jacques Pirotton de le remplacer. Il a accepté avec plaisir.

Vous enregistrez un CD ?

Oui. Même si j’estime que c’est un peu tôt. Parce qu’il faut une carte de visite, ce qu’est le CD, à un groupe, on l’enregistre en début de parcours, alors qu’il faudrait le faire en fin de tournées, après de nombreux concerts, quand les compositions sont bien rodées. Le CD est plus vivant quand il est le résultat d’une série de concerts.

C’est la faute au show-biz ?

Oui. C’est l’escalade. Comme le nombre de musiciens augmente et le nombre de lieux où jouer diminue, il y a une espèce de droit d’entrée qui s’élève. C’est devenu difficile de jouer. Les Lundis d’Hortense arrivent dans les lieux culturels avec leur programme clé sur porte, et je ne critique pas, mais c’est alors malaisé pour les groupes non choisis pour ces tournées de trouver des scènes.

C’est quelque chose sur lequel on doit réfléchir.

Comment êtes-vous venu à la musique ?

J’ai commencé la guitare à 12 ans. Je faisais du rock et de la soul, en autodidacte. Du jazz un peu plus tard. J’ai eu un prof. Puis j’ai fait le journalisme à l’ULB. En 1992, à 30 ans, j’ai opté pour la contrebasse. Et puis seulement j’ai fait le conservatoire, avec Jean-Louis Rassinfosse.

C’est votre musique que vous allez jouer à Gouvy.

Ce sont mes compositions oui, mais la musique appartient aux quatre membres du groupe. Je ne donne pas de directives. J’aborde mes compositions comme des standards. Chacun amène des idées, des arrangements. Et j’ai la satisfaction de voir comment les musiciens s’approprient mes musiques. Je suis toujours impatient de voir de nouveaux musiciens affronter mon répertoire.

Quelle est l’identité de votre répertoire ?

C’est ma façon de composer. Mais j’espère qu’elle permet la diversité. Ma volonté n’est pas d’aller particulièrement dans une seule direction. J’ai un projet avec Ardup Sen Gupta, un joueur de tabla indien. Mais mon idée n’est pas de faire de la musique indienne, c’est d’exploiter un climat, de rendre les choses compatibles, ce qui n’est pas évident, ça dépend des musiciens. Je veux un jazz ouvert sur les autres musiques, un jazz capable d’intégrer. Pas de juxtaposer.

Eric Fusillier Quartet, samedi 4 juillet, Club, 18 h.