Roberto Alagna est-il à la hauteur de Turandot ?

SERGE MARTIN

mardi 31 juillet 2012, 11:26

Roberto Alagna se mesure au rôle de Calaf dans « Turandot ». Samedi, lors de la première, le ténor, malade, n'a pas vraiment convaincu. Un accroc qui ne gâcha pourtant pas une représentation magique.

Roberto Alagna est-il à la hauteur de Turandot ?

Roberto Alagna Photo : AFP

ORANGE

De notre envoyé spécial

Le Théâtre d'Orange est un lieu magique capable d'engendrer les émotions les plus intenses, portées par une assemblée frémissante de plus de 8.000 personnes. Ce fut le cas l'été dernier pour un Rigoletto de légende sur le plan vocal. On attendait donc beaucoup cette année du Calaf de Roberto Alagna dans Turandot de Puccini. A-t-il vraiment le coffre de ce rôle terrifiant (en tout cas sur scène). Le soir de la première, après un début un peu hésitant, il prend la mesure du rôle avec une belle implication et un réel héroïsme mais sans cette insolence qu'appelle ce personnage solaire. Une annonce à la fin de l'entracte nous prévient que le célèbre ténor souffre d'un méchant microbe au larynx et ne peut assurer la représentation avec toute son énergie habituelle.

On ne va pas tarder à s'en rendre compte quand il abandonne complètement la note aiguë qui couronne le fameux « Nessun dorma », popularisé par Pavarotti lors d'une Coupe du Monde de football. La réaction sur le moment du public vis-à-vis de son idole est chevaleresque. Beaucoup moins lors du torrent de huées qui l'accueille lors du salut final. Qu'en penser ? L'attente du public pour ses stars est sans appel (et souvent proportionnelle au cachet demandé). Quand on paie sa place 250 euros, on exige le meilleur. Le concert nous rappelle heureusement que les artistes sont des hommes et non des mécaniques et que, comme les grands sportifs, ils sont fragilisés par les exploits qu'on exige d'eux. Reste la question de base : Alagna doit-il vraiment s'attaquer à un rôle aussi terrifiant que celui de Calaf. Réponse peut-être ce soir puisque France 3 (et France Musique) diffuse le spectacle en direct.

Une révélation féminine

Sur place, cet accroc ne fut toutefois pas suffisant pour gâcher le souvenir d'une représentation magique. Pour les couleurs de l'orchestre, de la tendresse la plus naïve quand il accompagne la douce Liu (Maria Liugia Borsi fut la révélation de la soirée) à l'éclat le plus fastueux qui entourent les imprécations de l'impitoyable princesse Turandot, servie avec vaillance et netteté par l'Américaine Lise Lindstrom.

L'orchestre de Puccini est littéralement magistral et Michel Plasson semble avoir ramené de ses voyages en Chine des poignées de saveurs qui l'embaument dans sa grâce rutilante. Les multiples chœurs de région (Avignon, Nice, Toulon, Tours et Orange) renforcent l'ampleur et la dignité de la soirée et l'Orchestre National de France se couvre de gloire dans cette partition aux ardeurs symphoniques sans cesser de respirer à chaque instant avec les chanteurs. Une fois de plus, Michel Plasson nous montre qu'il est un vrai sorcier et n'a pas son pareil pour mener les grands finales d'acte à bon port.

Grandiose sans surcharge, la mise en scène de Charles Roubaud dans les habiles décors de Dominique Lebourges, utilise avec panache les ressources impressionnantes du célèbre mur du Théâtre Antique. L'acoustique est, comme souvent, fabuleuse et contribue à donner à la soirée toute sa chaleur frissonnante. Reste à voir si le petit écran pourra restituer cette splendeur des grands espaces qui rend Orange unique.

Prochaine représentation, mardi 31 juillet à 21 h 30. Diffusé en direct sur France 3 et France Musique.