Michel Berger, 20 ans d'amours… multiples

THIERRY COLJON

jeudi 02 août 2012, 12:50

Les femmes – de France Gall à Véronique Sanson – entretiennent le souvenir de Michel Berger. Entre Balavoine et Goldman, la star des années 80 n'a rien perdu de son aura. Ses chansons révèlent ses nombreuses souffrances.

Michel Berger, 20 ans d'amours… multiples

Auteur, compositeur, chanteur et producteur, Michel Berger était indissociable de son piano et des groupies égéries qu’il a servies © XAVIER GASSMANN

Celles qui l'ont aimé, Véronique Sanson et France Gall, ne sont pas seules à régulièrement rendre hommage à celui qui mourait d'une crise cardiaque à 44 ans, il y a tout juste vingt ans.

Cinq chansons

Message personnel

Françoise Hardy tombe sous le charme de l'album que Michel Berger a réalisé pour Véronique Sanson. Au lendemain de la naissance de Thomas, le 16 juin 1973, l'enregistrement commence. Françoise fait confiance à Michel pour le texte et la mélodie.

La déclaration d'amour

Comme il l'avait fait après sa séparation d'avec Véronique Sanson, Michel ne peut s'empêcher d'écrire en 1974 une chanson sur le bonheur qu'il vit avec France Gall. C'est le début d'une longue collaboration qui permettra à Gall de survivre aux années 60 gainsbouriennes.

Chanter pour ceux qui sont loin de chez eux

Parue en 1985 sur son album Différences, cette chanson sort l'année suivante en single et devient une de ses plus connues. Montserrat Caballé avec Johnny Hallyday (1997) et Lââm (1998) la reprennent.

Diego, libre dans sa tête

Parue en 1983 sur l'album Voyou, la chanson inspirée par les dictatures sud-américaines est reprise sur scène par France Gall et Johnny.

Le paradis blanc

En 1990, sur l'album Ça ne tient pas debout, Michel Berger lui-même obtient un tube…

Il y a dix ans, sa firme de disques Warner publiait Ils chantent Michel Berger, un album d'interprétations de ses plus belles chansons, par Françoise Hardy, Céline Dion, Johnny Hallyday, Maurane, Marc Lavoine… et bien sûr France Gall.

Cette dernière, qui lui a donné deux enfants – Pauline, morte de la mucoviscidose en 1997, et Raphaël né en 1981 – n'est sortie de sa retraite sénégalaise qu'à quelques rares occasions, pour monter notamment un show télévisé à la mémoire de Michel Berger. Jamais elle ne cherchera un troisième Pygmalion (Serge Gainsbourg fut le premier) ni ne tentera d'exister hors de l'univers de son défunt époux. Au contraire de Jane Birkin ou Catherine Ringer qui ne chantent pas que Gainsbourg ou Chichin. Elle prépare d'ailleurs pour 2013 une comédie musicale autour de Michel Berger.

Véronique amoureuse

Sa grande rivale dans ce travail de mémoire n'est autre que Véronique Sanson qui l'a précédée dans le cœur de Berger. On dit rivale car c'est de notoriété publique qu'elles ne s'apprécient guère, France ne lui reconnaissant aucun droit sur le chanteur qu'elle a quitté en 1973 pour épouser aux Etats-Unis le chanteur Stephen Stills.

Sanson ne cesse pourtant de chanter Berger et de lui vouer, aujourd'hui encore, le plus passionné des amours. Son premier album, Amoureuse, que Michel a produit, vient d'ailleurs d'être réédité pour son quarantième anniversaire.

Car, à l'époque, Michel Berger n'était encore « que » directeur artistique chez Warner-France, la firme dirigée par Daniel Filippacchi et Bernard de Bosson (qui signera Pierre Rapsat en France). Cela fait dix ans qu'il chante pourtant (son premier 45-tours, « D'autres filles », paraît en 1963). Mais le fils du néphrologue Jean Hamburger et de la concertiste Annette Haas aura beau sortir des disques, le public n'en veut pas. Il faudra attendre Françoise Hardy (l'album Message personnel en 1973) et France Gall (« La déclaration d'amour » l'année suivante) pour qu'il connaisse le succès par interprètes interposées. Jusqu'à l'opéra rock Starmania (qui révèle Maurane) en 1978 (sur disque) et 1979 (sur scène).

Michel Berger devra attendre les années 80, « La groupie du pianiste » et « Celui qui chante », pour être enfin reconnu comme chanteur. Un succès qui ne le quittera plus. En 1985, Johnny Hallyday lui demande d'écrire, composer et produire l'album Rock'n'roll attitude.

Berger aligne les tubes et les collaborations avec Céline Dion, Elton John, Cyndi Lauper… Son seul rival est Jean-Jacques Goldman avec qui il partage ce talent pour toucher le grand public avec des chansons aux mélodies fortes. Avec son ami Daniel Balavoine (qui disparaît en 1986), ils forment le trio de la chanson française biberonnée à la pop anglo-saxonne. Rien que pour ça, ils inspirent le respect. Du « Paradis blanc » en 1990 à « Laissez passer les rêves » deux ans plus tard, en duo avec France Gall, il donne de plus en plus dans la gravité, fuyant la facilité. La légende de Jimmy est l'autre opéra rock qu'il composera.

Sa mort en 1992 est un choc pour la France qui perd un de ses enfants les plus doués. Yves Bigot (ancien directeur de la télé à la RTBF) vient de publier une biographie sérieuse et passionnante, Quelque chose en nous de Michel Berger. Il y révèle de nombreux drames personnels et surtout une fin inédite : Michel Berger vivait avec France Gall un Double Jeu (titre de leur album commun), filant le parfait amour avec une certaine Béatrice Grimm avec qui il avait prévu de s'installer aux Etats-Unis.

Le travail (il aurait aussi écrit tout un album à sa nouvelle égérie), le stress, un mauvais cholestérol et un cœur fragile (son père n'arrêtait pas de lui conseiller de consulter un cardiologue) auront raison de lui après une partie de tennis à Ramatuelle.

France Gall – qui refusera la présence de Béatrice à l'enterrement – aura son lot de souffrances avec un cancer du sein et la mort de sa fille Pauline. Et rien n'entamera son énergie à défendre la mémoire de ce Michel Berger qu'apparemment, comme Véronique ou Béatrice, elle aime plus que jamais.

Yves Bigot, Quelque chose en nous de Michel Berger (Éd. Don Quichotte, 321 p., 19,90 euros)