Pussy Riot: attaquer l'Eglise orthodoxe, un blasphème?
POLINA VOROBIEVA
mardi 07 août 2012, 23:10
Le procureur a requis 3 ans de prison lors du procès très médiatisé des trois punkettes de Pussy Riot. L'avocate du collectif pourrait saisir la Cour européenne des droits de l'homme pour mauvais traitement.
©AFP
Une avocate du collectif punk a fait savoir qu'elle comptait saisir la Cour européenne des droits de l'homme. Une action qui vise à protester contre les mauvais traitements subis par les prévenues et qui alimentent encore les passions autour du procès très médiatisé des trois « punkettes » russes.
Nadya, Maria et Katya se plaignent des piètres conditions de détention. Privées de nourriture et empêchées de dormir, elles parlent de mauvais traitement, voire de torture. « Nous sommes à moitié conscientes, nous ne dormons pratiquement pas, aujourd'hui nous n'avons pas du tout dormi », a déclaré l'une des prévenues, Nadya, au tribunal la semaine passée. « Nous ne pouvons pas pleinement participer » aux débats. Une aide médicale d'urgence a même été appelée plusieurs fois durant le procès pour soigner les activistes.
Le procureur a requis trois ans de détention en camp d'internement contre les trois jeunes femmes du groupe Pussy Riot, ce mardi au sixième jour du procès. Ignorant la contestation grandissante au sein de l'opinion publique.
« On ne les a pas nourries, on les a humiliées »
« Nous avons été témoins des tortures et de la conduite inhumaine adoptée envers les prévenues : on les a privées de sommeil, on ne les a pas nourries normalement, on les a humiliées », a déclaré Violetta Volkova. L'avocate a également dénoncé dans sa plaidoirie la façon dont le procès s'est déroulé jusqu'à présent. Elle vise la manière expéditive dont les débats sont menés mais aussi le manque de temps accordé pour prendre connaissance du dossier, évoquant même des preuves fabriquées par le tribunal, des témoins de la défense empêchés de venir témoigner
Toucher à l'Eglise orthodoxe, un blasphème ?
Le procès s'est ouvert sur cette question de l'accusation à l'intention des trois punkettes : « Qu'est-ce que Dieu pour vous ? ». Le ton est donné. « Le geste des prévenues montre clairement une haine et une hostilité envers la religion. Jurer dans une église est une insulte à Dieu », a déclaré le procureur Alexeï Nikiforov. Ajouté à cela le refus de la présidente du tribunal d'auditionner plusieurs témoins demandés par la défense, dont l'avocat et opposant à Poutine, Alexeï Navalny. La présidente a en revanche insisté sur la nécessité d'entendre des témoins de l'accusation, tel un membre de la jeunesse orthodoxe. De nombreux journalistes russes dénoncent la « vitesse » à laquelle le procès avance, mettant en cause la bonne conduite de l'enquête. « Le dossier est bâclé », dénonce un journaliste russe sur Twitter. Katya, l'une des membres du collectif, a affirmé ce mardi que leur but « n'était pas de blesser les chrétiens. Il s'agissait d'une action politique ».
Poutine : « Elles ne doivent pas être jugées trop sévèrement »
Selon Nicolaï Uskov, président du groupe médiatique « Jhivy ! » qui s'est exprimé sur les ondes de Eko Moskvy : « à l'origine cet événement s'est avéré positif pour Poutine. Il a pu se positionner en tant que défenseur des valeurs orthodoxes et allié de l'Eglise. Mais « la pluie de stars » a marqué un tournant dans l'affaire. Je veux dire par là que le procès a bénéficié d'un tremplin médiatique incroyable. Le monde entier a les yeux tournés vers le procès des Pussy Riot. ».
La première déclaration de Poutine sur l'affaire n'a pas tardé à suivre : « Je ne pense pas qu'elles doivent être jugées trop sévèrement pour ce qu'elles ont fait », a declaré le président russe lors de sa venue aux JO de Londres jeudi passé. Poutine a estimé qu'il n'y avait « rien de bon » dans ce que les jeunes femmes avaient fait, mais il a semblé plaidé pour une certaine indulgence envers les trois prévenues.
Des artistes du monde entier apportent leur soutien aux Pussy Riot
De nombreuses personnalités russes et étrangères ont pris la défense des jeunes femmes estimant que les poursuites à leur encontre étaient disproportionnées par rapport aux faits qui leur sont reprochés. Après Sting, Franz Ferdinand, les Red Hot Chili Peppers et bien d'autres, c'est au tour de Madonna, de passage en Russie dans le cadre de sa tournée, d'appeler les juges à la clémence invoquant « la liberté d'expression ». De nombreux membres de la communauté orthodoxe sont descendus dans les rues pour appeler au boycott du concert de la Madone.