Un concert dans la ville

ADRIENNE NIZET

vendredi 10 août 2012, 12:14

Le Brussels Summer Festival s'ouvre ce vendredi soir au coeur de la capitale. Dès dimanche, Leonard Cohen se produira sur la place Saint-Pierre, à Gand. Depuis trente ans, le Marktrock anime Louvain chaque été. Ces concerts urbains, difficiles à mettre en place, améliorent l'image de la ville qui les accueille.

Un concert dans la ville

: Le Soir/Thomas Blairon

Pour réaliser l'importance qu'a l'environnement sur le déroulement d'un festival, il suffit de convoquer deux images de ce récent mois de juillet. La première, Dour. Des dizaines de milliers de festivaliers embourbés, sourire aux lèvres, ivres de joie et de musique (au minimum) qui, quatre jours durant, se sont à peine débarbouillés. La seconde, Spa. Ses Francos, ses demoiselles apprêtées (pas seulement, mais quand même) et ses concerts auxquels on assiste propre (y a pas de mal à ça, non plus) en sirotant un verre, souvent après une (demi-) journée de boulot. Bien au-delà des différences de programmation, ce sont deux trips, deux expériences festivalières différentes.

En pratique

Brussels Summer Festival

Où ? Bruxelles (Place des Palais, Place des Musées, Mont des Arts).

Quand ? Du 10 au 19 août.

Qui ? Charlie Winston, John Cale (le 10), Benabar (le 11), Catherine Ringer (le 12), Orelsan (le 14), Shaka Ponk (le 17), Vive la Fête (le 19)…

Combien ? Le Pass 10 jours coûte 35 euros.

Infos : www.bsf.be

Marktrock

Où ? Leuven (Oude Markt, Vismarkt,…

Quand ? Du 10 au 12 août.

Qui ? Willow (le 10), Vive la Fête, Steak Number Eight, The Wolfbanes (le 11), Sound of Stereo, BJ Scott (le 12)

Combien ? Gratuit.

Infos : www.marktrockleuven.be

Leonard Cohen

Où ? Gand (Place Saint-Pierre)

Quand ? Les 12, 14, 15, 17 et 18 août

Combien ? De 58,5 à 98,5 euros.

Infos : www.leonardcoheningent.be

Pour les organisateurs aussi, d'ailleurs. Car organiser un festival en pleine ville soulève des questions que ne pose pas une manifestation dans une prairie (et vice-versa). « Chaque jour, nous devons rouvrir la place des Palais à la circulation, commente Philippe Close, président du Brussels Summer Festival (BSF) et échevin du Tourisme et du Personnel de la Ville de Bruxelles. C'est bien normal, mais il faut y penser ! » L'échevin estime par ailleurs à « 20 % du temps de travail » la prise en compte des riverains : « Le quartier où a lieu le festival n'est pas très habité, mais il faut admettre qu'il y a des nuisances pour quelques dizaines de riverains. On essaie de les diminuer au maximum : nous avons changé une scène de place et nous veillons à terminer les concerts à minuit. »

Les questions de bruit, de sécurité et de circulation sont semblables dans toutes les villes où est organisé ce genre de manifestation. Bruxelles et le BSF. Spa et ses Francos. Leuven et son Marktrock. Ou encore Gand, qui accueille depuis quelques années des concerts place Saint-Pierre. « En 2008, j'ai vu Leonard Cohen jouer au Summer Festival de Lucca (Italie), sur une place qui pouvait accueillir 4.500 personnes, raconte Pascal Van De Velde, de chez Greenhouse Talent. C'était magnifique. C'est là que j'ai pensé à le faire venir sur la place Saint-Pierre. Elle a d'ailleurs été rénovée dans ce but : il n'y a plus d'obstacles à la visibilité. Entourée par une abbaye magnifique et une église baroque, elle offre un cadre très spécial, un moment once in a lifetime. »

Le caractère prestigieux du « décor » du BSF est également un des arguments avancés par Philippe Close pour définir la singularité du festival qui lui tient à cœur. « Un concert devant le palais royal, c'est quelque chose ! Charlie Winston a accepté de revenir cette année pour le plaisir d'y jouer ! Et quand IAM est venu, Akhenaton était abasourdi : “Même à Marseille, ce serait impossible”, m'a-t-il dit. »

Pionnier du genre, Louvain a son festival urbain depuis 30 ans déjà. « À ce moment-là, la ville était vide pendant les vacances des étudiants, explique Dirk Vansina, échevin du tourisme. Aujourd'hui, il y a toujours quelque chose à faire, la ville vit. Le festival la fait vibrer, et la rend plus intéressante pour les habitants, les touristes et l'horeca. »

Même son de cloche du côté de Spa où Joseph Houssa, bourgmestre de longue date, a vu sa ville revivre. « Spa aurait pu devenir une ville-dortoir, explique-t-il. Mais ce n'est pas le cas. Grâce à des événements comme les Francos ou le Festival de Théâtre (qui débute aussi ce vendredi, NDLR), c'est un pôle touristique, thermal et culturel. »

La collaboration entre la ville et les organisateurs est d'ailleurs essentielle. « Pour les concerts de Prince, organisés en 2011, De Lijn a mis en place un excellent service de navettes, se souvient Pascal Van De Velde. La cellule des fêtes de la ville permet à tous les services de se coordonner. Grâce à ça, Gand redevient une ville de concerts, un statut qu'elle avait un peu perdu avec la concurrence du Sportpaleis d'Anvers. » Visit Brussels estime pour sa part que la fréquentation des hôtels de la capitale augmente de 10 à 15 % pendant la période du BSF, sans compter les auberges de jeunesse. Et Philippe Close affirme que l'image de la ville a changé au fur et à mesure que le festival a grandi : « Il y a 7 ou 8 ans, Bruxelles était considérée par un site comme Trip Advisor comme boring. Depuis, on a senti un basculement, notamment dans les médias étrangers, et on performe bien dans le nord de la France. »

Le plus compliqué, concède toutefois l'échevin, est de créer un « esprit festival » alors que beaucoup de festivaliers retournent bosser chaque jour : « On perd notre public chaque soir », dit-il. C'est peut-être là, juste là, que la boue manque pour le retenir…